Les populismes en Europe (9/9) : en Allemagne, Alexander Gauland et Alice Weidel, le duo improbable

À deux mois des élections européennes, franceinfo tente de comprendre la montée des populismes en Europe. En Allemagne, Alice Weidel et Alexander Gauland forment un tandem inédit, avec des profils différents, mais qui fonctionne de manière efficace sur le plan électoral.

Alexander Gauland et Alice Weidel, à Berlin, le 15 janvier 2018.
Alexander Gauland et Alice Weidel, à Berlin, le 15 janvier 2018. (ODD ANDERSEN / AFP)

Depuis un an et demi et son entrée au Parlement avec 91 sièges (sur 709), le parti d’extrême-droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), est devenu le principal parti d’opposition et dispose donc désormais d’une très large tribune. Ce groupe est tenu par deux personnes aux profils très différents, ce sont les visages populistes les plus connus du public allemand : Alice Weidel et Alexander Gauland. Tout ou presque semble les opposer.

Populisme Allemagne
Populisme Allemagne (PAUL ZINKEN / MAXPPP)

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Elle est une toute jeune quadra, lesbienne qui élève en Suisse deux enfants avec sa partenaire d’origine sri-lankaise, elle est économiste, ancienne banquière chez Goldman Sachs, née en ex-Allemagne de l’ouest. Lui est né à l’est pendant la guerre, presque deux fois plus âgé qu’elle, 78 ans, ancien avocat et journaliste, avant d’embrasser assez vite la politique.

Les rôles sont bien définis : À Alice Weidel, le sourire sur les plateaux télés. À Alexander Gauland, l’expérience austère. À elle, les formules bien choisies, mais encore parfois prudentes de celle qui est en train construire une carrière politique. À lui, les grands discours, mais surtout les provocations verbales, sans filtre, tant qu’on parle de lui et de son parti, en bien ou en mal, il s’en fiche. Dans le style, c’est une sorte de Jean-Marie Le Pen allemand. Alice Weidel serait un mélange de Marine Le Pen et de Marion Maréchal.

Deux personnalités différentes, un seul et même discours

Ce duo est né de l’imagination d’Alexander Gauland, qui a choisi il y deux ans à peine Alice Weidel, une inconnue du grand public, pour mener avec lui la campagne des législatives. Ils sont tous les deux décrits comme des têtes bien faites. Weidel est bardée de diplômes, parle le mandarin.

Quant à lui, il s’est très vite construit une réputation d’éminence grise en s’engageant au début des années 70 aux côtés d’hommes politiques de la CDU. Gauland a milité et obtenu de très hautes fonctions pendant près de 40 ans chez les conservateurs démocrates-chrétiens de la chancelière Merkel. Avant de claquer la porte avec fracas pour fonder l’AfD.

Un tandem qui fonctionne dans les urnes

D’un point de vue idéologique et stratégique, ce duo populiste allemand forme un tandem qui s’est révélé électoralement très efficace. Alice Weidel, avec son vernis moderne, a le bon profil pour l’électorat de l’ouest du pays, elle parle aux gagnants de la mondialisation, classes moyennes et supérieures, les électeurs en crise identitaire, ceux qui ont peur de perdre l’Allemagne tels qu’ils la connaissent. Alexander Gauland fait lui recette plus à l’est, en parlant aux perdants de cette même mondialisation, un électorat plus populaire, prolétaire, pétri, à titre individuel, de frustrations et d’une peur devant l’avenir.