L'armée allemande auprès des combattants kurdes: une première historique

Attendus de pied ferme par les peshmergas, en première ligne contre Daech en Irak, les instructeurs allemands ont commencé leur initiation au camp militaire de Benislawa près d’Erbil, au Kurdistan irakien dans le nord de l’Irak. Une nouvelle ère pour Berlin.

Les instructeurs allemands forment les peshmergas d\'Irak par groupes de vingt durant une dizaine de jours.
Les instructeurs allemands forment les peshmergas d'Irak par groupes de vingt durant une dizaine de jours. (SAFIN HAMED / AFP)
C’est la première fois depuis la fin de la Seconde guerre mondiale que Berlin envoie des soldats et des armes dans une zone en guerre – jusqu’à présent toute intervention de l’armée allemande relevait du tabou. Mais, selon la chancelière Angela Merkel, la lutte contre l’organisation Etat islamique, qui contrôle de larges secteurs en Irak et qui comprend dans ses rangs environ 400 candidats allemands au djihad, justifie ce choix «exceptionnel».
 
 
Une dizaine de militaires issus de la Luftlandbrigade 26 (brigade aérotransportée), sur les quarante attendus, sont donc passés de la théorie à la pratique au début du mois d’octobre 2014. A Benislawa, ils apprennent aux combattants kurdes à se servir du fusil d’assaut HK G3 de fabrication allemande. Souvent considéré comme la Kalachnikov occidentale, ce fusil de 7,62 mm est beaucoup plus lourd et plus encombrant à manier que l’arme automatique russe. Mais il est particulièrement fiable, précis, et projette des munitions de forte puissance. 8.000 exemplaires sont arrivés sur place. A 70 km plus au nord, d’autres instructeurs allemands initient les pershmergas au maniement d’armes lourdes made in Germany : mitrailleuses, missiles antichars et lance-roquettes. A terme, quelque 10.000 combattants anti-Daech devraient être équipés de ces matériels pour un montant de 70 millions d'euros.
 
Ce ne sera pas du luxe. Longtemps privées de tout approvisionnement par l’embargo imposé en 1990 à l’Irak après l’occupation du Koweït, les troupes kurdes souffrent aujourd’hui d’un criant sous-équipement. Or, les peshmergas, littéralement «ceux qui font face à la mort», sont considérés comme le plus sûr rempart contre l’avancée des djihadistes dans la région. Plus ou moins discrètement, Britanniques, Canadiens et Français débordent désormais d’attentions à leur égard. Et les Iraniens eux-mêmes semblent s’y mettre. Le 6 octobre, les médias de Téhéran ont ainsi publié une rare photo du général Ghassem Souleimani, chef de la force d’élite iranienne Qods, considéré au Moyen-Orient comme le plus influent en matière de sécurité et entouré de combattants kurdes irakiens.

Les soldats allemands, eux, se montrent au grand jour et affirment qu’ils resteront au Kurdistan irakien «aussi longtemps que nécessaire».