Frontière Moselle-Allemagne : "Un test Covid quotidien pour 16 000 frontaliers, c'est impossible", s'agace le député Christophe Arend

L’Allemagne vient de classer le département français en "zone à haut risque", ce qui signifie que pour entrer sur le territoire allemand, les Mosellans ont besoin d'un test négatif de moins de 24 heures.

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Radio France
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Illustration frontière franco-allemande, le 16 mars 2020. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

"Un test quotidien pour 16 000 travailleurs frontaliers, c'est impossible", s'est agacé dimanche 28 février sur franceinfo Christophe Arend, député La République en marche de la Moselle. L’Allemagne vient de classer la Moselle en "zone à haut risque", ce qui implique en théorie que les Mosellans entrant sur le territoire allemand devront présenter un test négatif de moins de 24 heures, y compris les travailleurs frontaliers.

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Le député Christophe Arend dénonce une décision "brusque" et réclame un aménagement pour les travailleurs frontaliers avec "un test antigénique toutes les 48 heures". En tant que coprésident du bureau de l'assemblée parlementaire franco-allemande, il a demandé la convocation lundi d'un "comité de coopération transfrontalière afin de discuter des modalités d'application".

franceinfo : Êtes-vous sur la même longueur d'onde que le secrétaire d'Etat chargé des Affaires européennes qui juge cette décision de l'Allemagne "très regrettable" ?

Christophe Arend : Absolument. Je suis coprésident du parlement franco-allemand, nous avons avec mon homologue allemand Andreas Jung demandé qu'on convoque dès demain un comité de coopération transfrontalière afin de discuter des modalités d'application. C'est simple : un test PCR pour 16 000 travailleurs frontaliers quotidiens, ça fait 80 000 tests, c'est impossible. La Moselle teste déjà trois fois plus en moyenne que l'Allemagne. Pour rappel, la France teste en moyenne deux fois plus que l'Allemagne.

Où en sont les discussions ? Que demandez-vous exactement ?

Nos revendications au sein des acteurs locaux sont claires, autant du point de vue de la Sarre frontalière que de l'Est-mosellan : la première chose, c'est d'accepter un test antigénique toutes les 48 heures pour les travailleurs frontaliers. En dehors de cela, il faut prendre en considération les écoliers qui résident en France et qui sont scolarisés en Allemagne, les étudiants de 30 cursus universitaire franco-allemands qui, dès demain, doivent reprendre les cours en Allemagne, qui ne sont plus assurés de pouvoir se rendre en cours à la fac.

"Je considère qu'il y a quotidiennement entre 30 000 et 40 000 personnes facilement qui passent ces frontières pour des gestes du quotidien."

Christophe Arend

à franceinfo

Vous avez des familles qui résident de part et d'autre, dont les jeunes sont d'un côté et les aînés qu'il faut aider de l'autre côté, il y a la problématique des aidants. Cette frontière n'est pas une frontière naturelle c'est un trait artificiel sur une carte. C'est un bassin qui est matérialisé par un groupement européen de coopération transfrontalière qui est l'Eurodistrict SaarMoselle, qui comporte 600 000 habitants, dont 300 000 France et 300 000 en Allemagne, en continuité urbaine directe.

Dans ce contexte, comment expliquez-vous cette décision d'imposer des tests PCR à la frontière ? Elle vient de Berlin et non du Land de Sarre ?

Cette décision-là vient de Berlin. La France a essayé jeudi dans un communiqué de presse de durcir les mesures en Moselle pour donner des assurances à Berlin. Berlin ne les a pas jugées suffisantes. Après une semaine d'âpres discussions, elles nous classent tout de même en territoire à variant, le plus haut niveau de risque. C'est incompréhensible, cette décision a été très brusque vendredi soir.

Il est pourtant vrai que la Moselle est un des départements où le virus se développe le plus ?

Sur ce point-là, je demande aux autorités françaises de nous fournir des chiffres bassin de vie par bassin de vie. Parce que la Moselle c'est un département avec un million d'habitants. Il y a trois bassins : la Moselle-Est en continuité urbaine avec l'Allemagne, le sillon Metz-Thionville en continuité urbaine avec le Luxembourg, et le Sud mosellan plutôt rural. Et il n'y a pas de continuité urbaine entre ces trois bassins de vie.

Je réclame officiellement les chiffres intercommunalité par intercommunalité pour qu'on puisse arriver à une gestion fine de cette crise. Il faut absolument aujourd'hui que l'on raisonne en termes de bassins de vie. Berlin et Paris sont sur deux stratégies diamétralement opposées, les choses arrivent en collision frontale sur les zones frontalières et les habitants de ce bassin de vie doivent subir cette double peine de la crise sanitaire et de ne plus pouvoir vaquer aux gestes du quotidien, aux gestes indispensables.

Si aucun accord n'est trouvé sur les tests, comment vont se passer les choses pour les frontaliers ?

Si aucun accord n'est trouvé, à partir de demain soir minuit on va se retrouver dans la situation du printemps dernier où les 39 points de passage autorisés entre la Moselle et la Sarre ne pourront être contrôlés efficacement par les forces de l'ordre allemandes puisqu'elles sont insuffisantes. On devra dans un premier temps faire venir des renforts de toute l'Allemagne qui ne connaissent pas le territoire et, dans un second temps, automatiquement fermer des points de passage autorisés parce que Berlin ne peut pas mettre à disposition suffisamment de forces de afin de contrôler tous ces points de passage.

Je vous rappellerai juste que ministre de l'Intérieur allemand Hort Seehofer, lors d'une audition devant l'assemblée parlementaire franco-allemande le 28 mai, s'est engagé à ne plus refaire ce type de scénario. On a déjà aujourd'hui 15 000 citoyens sur l'ensemble de la frontière franco-allemande, du Luxembourg jusqu'à la Suisse, qui sont au chômage partiel avec la moitié de leurs rémunérations. Si demain, les 16 000 Mosellans qui transitent ne peuvent plus passer de l'autre côté, vous imaginez bien la catastrophe économique, ce sont autant de familles durement impactées.

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