Attentats en Allemagne : ce que le suspect des attaques à Hanau écrivait dans son manifeste

Dans ces documents aujourd'hui retirés du web, l'auteur présumé, retrouvé mort à son domicile, y décrit une vision raciste et complotiste du monde. 

Un officier de police scientifique devant un bar où a eu lieu une fusillade dans le centre de Hanau, près de Francfort-sur-le-Main, en Allemagne, le 20 février 2020.
Un officier de police scientifique devant un bar où a eu lieu une fusillade dans le centre de Hanau, près de Francfort-sur-le-Main, en Allemagne, le 20 février 2020. (THOMAS LOHNES / AFP)

Neuf personnes ont été tuées lors de deux fusillades dans des bars à chicha à Hanau (Hesse) dans le centre de l'Allemagne, dans la soirée du mercredi 19 février. La police et la justice allemandes se concentrent sur la "piste xénophobe", alors que l'unique suspect des crimes, retrouvé mort, a justifié ses actes sur son site internet personnel, en laissant des vidéos et des écrits. Franceinfo a pu consulter une partie de son contenu, que le procureur général allemand Peter Frank décrit ainsi : "Des messages vidéo et une sorte de manifeste qui, en plus de pensées obscures et de théories du complot absurdes, reflétait des opinions profondément racistes."

Peter Neumann, spécialiste du terrorisme au King's College de Londres, qualifie également les documents d'explicitement racistes et "baignés dans une culture conspirationniste". Pour le spécialiste, l'auteur de ces contenus semble "passer ses nuits à regarder des vidéos conspirationnistes sur YouTube". Sur Twitter, Peter Neumann résume ce que laissent transparaître les écrits du suspect : "Extrême droite + Incel + ce qui semble être un problème significatif de santé mentale".

Une vision conspirationniste du monde

C'est d'abord un aigle menaçant, toutes ailes ouvertes, qui apparaît sur la page d'accueil du site internet de Tobias R., qui raconte dans une présentation succincte être né en 1977 à Hanau, théâtre des deux fusillades. Quatre vidéos ont été mises en ligne pour expliquer ses actes terroristes qui ont endeuillé l'Allemagne mercredi soir.

La page d\'accueil du site Internet personnel de Tobias R., auteur présumé des fusillades de Hanau (Allemagne).
La page d'accueil du site Internet personnel de Tobias R., auteur présumé des fusillades de Hanau (Allemagne). (CAPTURE D'ÉCRAN)

Assis dans un intérieur faiblement éclairé, l'homme prétend qu'un Allemand est tué chaque jour par un étranger, et ce, depuis plusieurs décennies. "C'est inacceptable", commente-t-il. Les données disponibles permettent pourtant de contredire cette allégation. Sur les 731 meurtres commis en Allemagne en 2017, 83 cas impliquaient une victime allemande et un suspect étranger, selon les chiffres transmis par la police fédérale au quotidien Die Welt (en allemand).

Tobias R. explique ensuite sa vision de l'univers et de la réalité. Le grand public se trouverait, selon lui, devant un mur qui cacherait "beaucoup de vérités". L'Allemand affirme que des "lanceurs d'alerte" ont permis de fissurer ce mur comme Philip Schneider, Emery Smith, ou Travis Walton, tous trois liés à des théories conspirationnistes ayant trait aux aliens. Les deux premiers affirment avoir travaillé dans des laboratoires secrets dans le désert du Nouveau-Mexique, le troisième raconte avoir été enlevé par des extra-terrestres en 1975. Tobias R. déclare en définitive dans sa vidéo qu'il souhaite, comme eux, apporter sa "contribution" afin que "[ce mur] s'effondre." "La vérité rend libre", assène-t-il enfin.

"Votre pays est sous le contrôle d'une société secrète invisible"

Vêtu d'une veste bleu marine et d'une chemise blanche, l'auteur présumé des fusillades s'adresse également en anglais au "peuple américain" : "Votre pays est sous le contrôle d'une société secrète invisible", alerte-t-il dans une vidéo également mise en ligne sur YouTube, mais retirée jeudi matin.

Il ajoute : "Il existe dans votre pays des bases militaires souterraines. Dans plusieurs d'entre elles, ils prient le diable lui-même." Fixant la caméra et s'exprimant distinctement, Tobias R. appelle les Américains à se détourner "des médias mainstream". "La deuxième étape, c'est l'action", professe-t-il ensuite en les appelant au massacre : "C'est votre devoir, en tant que citoyens américains, d'arrêter ce cauchemar. Battez-vous maintenant", lâche-t-il avant d'éteindre la caméra. 

Le suspect affirme aussi par écrit que le président américain Donald Trump applique ses "recommandations politiques" en construisant un mur à la frontière mexicaine. Tobias R revendique même la paternité du slogan cher à Donald Trump "America First". Ceci serait possible grâce à une "télécommande" par laquelle les dirigeants de la Fédération allemande de football auraient également appliqué ses conseils tactiques.

Un manifeste raciste appelant au génocide

A côté de ces élucubrations, Tobias R. adresse un "message à tout le peuple allemand". Il y affiche un racisme décomplexé, non sans rappeler le manifeste du suspect des attentats de Christchurch (Nouvelle-Zélande). Dans un long récit illustré et autobiographique de 24 pages, l'Allemand raconte, avec de nombreux détours, la "surveillance" dont il serait victime depuis l'enfance, par une "organisation secrète" qui peut "lire dans ses pensées". Il appelle à une guerre double "contre l'organisation secrète [qui dirigerait le monde] et la dégénérescence [du peuple allemand]"Sa surveillance continuelle explique, selon lui, qu'il soit toujours resté célibataire.

Tobias R. pointe également une liste de 24 pays du Maghreb, de la péninsule arabique, mais aussi des continents américain et asiatique. La Turquie, pays d'origine de plusieurs victimes des fusillades de Hanau, en fait partie. Il cite également la religion musulmane. "J'imagine qu'il faut réduire de moitié la population [mondiale]", établit-il froidement. Il conclut : "Pour toutes les raisons mentionnées, je n'avais pas d'autre choix que d'agir comme je l'ai fait pour obtenir l'attention nécessaire." 

La double fusillade a fait neuf morts, âgés de 21 à 44 ans, et six blessés. Au moins cinq des victimes étaient de nationalité turque, a déclaré l'ambassadeur de Turquie à Berlin à la chaîne de télévision publique turque TRT Haber. "A ce stade, rien n'indique qu'il y ait d'autres auteurs", selon la police.