Allemagne : le ministre de l'Intérieur affiche son soutien aux manifestants de Chemnitz et provoque une nouvelle crise

Horst Seehofer, du CSU bavarois, a soutenu les manifestants de Chemnitz et a critiqué une nouvelle fois la politique d'Angela Merkel.

La chancelière allemande, Angela Merkel, et son ministre de l\'Intérieur, Horst Seehofer, le 29 août 2018 à Berlin (Allemagne).
La chancelière allemande, Angela Merkel, et son ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer, le 29 août 2018 à Berlin (Allemagne). (BERND VON JUTRCZENKA / DPA / AFP)

"La question migratoire est la mère de tous les problèmes dans ce pays." Les incidents de Chemnitz (Saxe) en Allemagne ont rallumé, jeudi 5 septembre, le conflit au sein du gouvernement autour de la politique migratoire, avec une passe d'armes entre la chancelière Angela Merkel et son ministre de l'Intérieur. Ce dernier, Horst Seehofer, président du parti bavarois très conservateur CSU – en principe allié à celui de centre-droit d'Angela Merkel (CDU) – a de nouveau tiré à boulets rouges à la suite des manifestations et des incidents qui se sont déroulés à Chemnitz.

"La question migratoire est la mère de tous les problèmes dans ce pays", a-t-il déclaré au quotidien régional Rheinische Post, ajoutant défendre cette position "depuis trois ans", à savoir depuis la décision d'Angela Merkel de laisser entrer plusieurs centaines de milliers de demandeurs d'asile en Allemagne. Il a aussi pris la défense des manifestants à Chemnitz qui ont protesté après le meurtre à l'arme blanche d'un Allemand, dont sont soupçonnés plusieurs demandeurs d'asile. Le ministre a affirmé "qu'en tant que citoyen", il serait "aussi descendu dans les rues" de la ville.

Seehofer soutenu par l'extrême droite

Peu après, Angela Merkel a pris ses distances avec son ministre. "La question migratoire nous pose des défis. Avec elle, il y a des problèmes mais aussi des succès", a-t-elle affirmé dans une interview à la chaîne de télévision RTL Allemagne. Elle a estimé, à l'inverse de son ministre, que les manifestations répétées de l'extrême droite à Chemnitz avaient été marquées par des "débordements qui ne sont pas tolérables, remplis de haine et visant des personnes". Elle faisait allusion à des agressions de migrants dans la rue ou des défilés de néonazis faisant le salut hitlérien.

Horst Seehofer a reçu le soutien du dirigeant du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), Alexander Gauland, à l'origine de la plupart des rassemblements de Chemnitz. "Il a tout à fait raison dans son analyse", a-t-il commenté, tout en affirmant que "Seehofer se bat pour conquérir des voix" pour les élections régionales en Bavière du 14 octobre. La CSU est en effet menacée par la poussée de l'AfD et risque de perdre sa majorité absolue au parlement régional.

En revanche, le ministre a été vertement critiqué par les sociaux-démocrates, qui complètent la coalition gouvernementale tripartite d'Angela Merkel. La présidente du parti, Andrea Nahles, a reproché au ministre bavarois de "ressusciter les conflits internes CDU-CSU que nous avons connus avant l'été". Une autre cadre du parti, Natascha Kohnen, a elle demandé le départ de Seehofer : affirmer qu'il aurait manifesté en tant que citoyen à Chemnitz rend "intenable", selon elle, son maintien au gouvernement.