Allemagne : ce que l'on sait de Tobias R., le suspect du double attentat à Hanau

La double fusillade a fait neuf morts, mercredi soir, dans le centre de l'Allemagne.

La police scientifique enquête sur le site d\'un attentat à Heutmarkt, dans le centre d\'Hanau (Allemagne), le 20 février 2020.
La police scientifique enquête sur le site d'un attentat à Heutmarkt, dans le centre d'Hanau (Allemagne), le 20 février 2020. (THOMAS LOHNES / AFP)

Il est l'unique suspect du double attentat à Hanau. Tobias R., auteur présumé des deux fusillades qui ont fait neuf morts dans le centre de l'Allemagne, a été retrouvé mort dans son appartement, mercredi 19 février. Le parquet fédéral de Karlsruhe, habilité à traiter les affaires terroristes, s'est saisi de l'enquête en évoquant "des indices d'un arrière-plan d'extrême droite". Voici ce que l'on sait de l'homme qui a aussi laissé derrière lui un manifeste et des vidéos.

Il est né et a grandi à Hanau

Tobias R. se présente sur son site internet comme un Allemand né en 1977 à Hanau, une ville de près de 100 000 habitants du centre de l'Allemagne. Il y a grandi et effectué sa scolarité. Après son baccalauréat, il a suivi une formation de conseiller bancaire à Francfort, puis il a poursuivi ses études de gestion à Bayreuth (Bavière), entre 2000 et 2007.

Selon plusieurs témoignages recueillis par l'AFP à Hanau, Tobias R. habitait tout près du deuxième bar visé, dans un quartier populaire. Les enquêteurs ont retrouvé l'homme de 43 ans, mort, dans son appartement. Il a abattu sa mère avant de se suicider, a précisé le parquet fédéral. "A ce stade, rien n'indique qu'il y ait d'autres auteurs", a ajouté la police.

Tobias R. était par ailleurs titulaire d'une licence de tir sportif et s'entraînait plusieurs fois par semaine dans un club de tir géré par Claus Schmidt. Ce dernier, interrogé par Reuters, décrit un homme "qui ne se faisait pas remarquer". "Il n'y a jamais eu la moindre trace de racisme ou de haine des étranger, même pas une blague bizarre", assure-t-il, précisant qu'il "n'a jamais eu aucun problème avec les membres du club, dont certains ont des racines étrangères". Une description à l'opposé des documents laissés par Tobias R. sur son site internet.

Il défendait des idées "profondément racistes"

Tobias R. a laissé derrière lui plusieurs documents que franceinfo a pu consulter. Ils sont examinés par les autorités allemandes. "Sur la page d'accueil [de son site internet], il avait publié des messages vidéo et une sorte de manifeste qui, en plus de pensées obscures et de théories du complot absurdes, reflétait des opinions profondément racistes", a expliqué le procureur général Peter Frank. Il a précisé à la presse que plusieurs des victimes, âgées de 21 à 44 ans, étaient d'origine étrangère. Plusieurs étaient turques et kurdes. Ses services ont ajouté par la suite que certaines avaient la nationalité allemande.

Dans son manifeste, Tobias R. appelle à "anéantir" la population d'au moins 24 pays, au Maghreb, au Moyen-Orient et en Asie du Sud. Utilisant des termes explicitement eugénistes, il affirme que l'existence de ces "groupes ethniques" est "en soi une erreur fondamentale". Il cite également la religion musulmane. "J'imagine qu'il faut réduire de moitié la population [mondiale]", établit-il froidement. Il conclut : "Pour toutes les raisons mentionnées, je n'avais pas d'autre choix que d'agir comme je l'ai fait pour obtenir l'attention nécessaire."

Convaincu de la suprématie du peuple allemand et admirateur du président américain Donald Trump, il avait enjoint les Etats-Unis à prendre la tête du combat pour "sauvegarder l'Occident", notamment pour contrer l'influence grandissante de la Chine dans le monde.

Il semblait "passer ses nuits à regarder des vidéos conspirationnistes"

Peter Neumann, spécialiste du terrorisme au King's College de Londres, a consulté les documents laissés par Tobias R. Selon l'expert, ils sont "baignés dans une culture conspirationniste". L'auteur de ces contenus semble "passer ses nuits à regarder des vidéos conspirationnistes sur YouTube".

Dans une vidéo aussi mise en ligne, Tobias R., assis dans un intérieur faiblement éclairé, prétend qu'un Allemand est tué chaque jour par un étranger, et ce, depuis plusieurs décennies. Une information contredite par les chiffres de la police fédérale : sur les 731 meurtres commis en Allemagne en 2017, 83 cas impliquaient une victime allemande et un suspect étranger, selon Die Welt (en allemand).

Dans une vidéo postée sur YouTube une semaine avant ses crimes, supprimée depuis, il avait par ailleurs appelé "tous les Américains" à "se réveiller". "Votre pays est sous le contrôle d'une société secrète invisible", assure-t-il. Et d'ajouter qu'il "existe [aux Etats-Unis] des bases militaires souterraines", dans lesquelles des personnes "prient le diable lui-même", "maltraitent, torturent et tuent de petits enfants". Son site internet personnel comportait également des sections sur des personnes disparues, sur les recherches prétendument secrètes du gouvernement américain concernant les extraterrestres ou sur les expériences psychologiques de la CIA dans les années 1950 et 1960.

Il souffrait d'"un problème de santé mentale"

Tobias R. souffrait d'un "important problème de santé mentale", selon Peter NeumannDans son manifeste, où apparaissent des dessins au trait minutieux censés le représenter dans différentes situations de sa vie, le suspect assure avoir été constamment espionné depuis son enfance, par une "organisation secrète" qui pouvait "lire dans ses pensées". Sa surveillance continuelle explique, selon lui, qu'il soit toujours resté célibataire. Il ne reprend néanmoins pas la rhétorique visant les femmes en général, à la différence de la mouvance misogyne des "incels"("célibataires involontaires").

Parmi les "pensées" qu'il prétend avoir vu se réaliser à cause de cette surveillance, il évoque pêle-mêle : les guerres en Irak et en Afghanistan déclenchées par les Etats-Unis ; son souhait, "réalisé" en 2004, de voir Jürgen Klinsmann devenir sélectionneur de l'équipe allemande de football ; plusieurs films hollywoodiens dont il affirme avoir imaginé le scénario (Allô maman, ici bébé, The Cell, Starship Troopers, etc.). "Rien de tout cela ne peut être une coïncidence", estime-t-il, précisant qu'il a tenté à trois reprises de porter plainte.