Alexis Tsipras : "On a tenu tête tant qu’on a pu"

Interviewé pendant deux heures par une radio proche de Syriza, le Premier ministre grec est revenu longuement sur ces six derniers mois de négociations. Il n’exclue pas des élections anticipées.

(Alexis Tsipras a répondu pendant deux heures aux questions d'une radio proche de Syriza © MaxPPP)

Alexis Tsipras a choisi une radio "amie" pour refaire le film de ces six derniers mois de négociation. Kokkino FM est une radio proche du parti Syriza. Kokkino veut dire rouge en grec.

Interrogé sans complaisance, mais sans avoir à faire face à des questions gênantes, Alexis Tsipras a expliqué pendant deux heures le déroulement des négociations avec les partenaires et les créanciers. "Il ne faut pas avoir honte de ces négociations ", a-t-il dit à plusieurs reprises. Selon lui, elles ont changé la donne en Europe.

A-t-il été vaincu ?

Non, estime Alexis Tsipras. "Les batailles qu’on ne gagne pas sont celles que l’on ne livre pas ", a dit le Premier ministre grec. 

"On a tenu tête tant qu’on a pu. On le devait, c’était notre mandat. Peut-être aurions-nous dû arrêter quand on voyait que les créanciers ne voulaient rien savoir, mais l’espoir meurt en dernier et nous pensions toujours que peut être les équilibres européens allaient changer" .

►►► Voir ici notre revue en détail des positions des 18 autres états de la zone euro dans les négociations finales.

Pourquoi applique-t-il un accord auquel il ne croit pas ?

Alexis Tsipras a dit à plusieurs reprises qu’il ne croyait pas que l’accord du 13 juillet soit un bon accord pour la Grèce. Mais "maintenant que l’on a un accord, il faut l’appliquer, que nous l’approuvions ou non ", s’est-il expliqué.

"Il faut que les députés de ma majorité s’y rallient, car nous sommes le seul gouvernement qui peut limiter les dégâts envers les populations les plus faibles "
 

Il ne négociera pas lui directement avec la Troika

Les experts techniques de la Troika (BCE, Commission européenne, FMI) étaient venus au printemps, en revanche, les chefs de mission n'avaient plus mis les pieds en Grèce depuis près d'un an du fait de l'hostilité du précédent gouvernement grec (droite-socialiste). Ils sont arrivés depuis ce début de semaine. Les premières discussions ont concerné des questions logistiques et notamment la sécurité de ces experts. 

Dans ces pourparlers, le Premier ministre Alexis Tsipras laissera son état-major en première ligne, conformément à la ligne qu'il a adopté depuis son arrivée au pouvoir. Alexis Tsipras a toujours voulu que la question grecque soit abordée de façon politique, au plus haut niveau (ministres et chefs d'état), et non au niveau technique. L'accord du 13 juillet ayant remis en scelle les experts, il les laissera donc discuter avec ses experts. 

Un congrès de Syriza en septembre

Syriza compte 149 députés sur les 300 que compte la Vouli, le Parlement grec. Lors des deux votes sur les mesures exigées par l'accord du 13 juillet, une trentaine de députés Syriza n'ont pas soutenu le 1er ministre: 39 députés le 14 juillet, et 36 la semaine suivante.

C'est avec les voix de l'opposition qu'Alexis Tsipras a pu faire passer ces nouvelles mesures d'austérité, si bien qu'aujourd'hui il n'a pas de réelle majorité au parlement. 

Sur la radio, le premier ministre a donc confirmé la tenue d'un congrès de Syriza sans doute "début septembre" qui sera l'occasion pour les membres du parti "de donner des réponses" et de clarifier leurs positions. "Il faut admettre que Syriza n'est pas devenu un parti uni, malgré les tentatives, et j'en suis le premier responsable ", a-t-il reconnu.

"S’ils (les députés de Syriza) persistent dans leur refus, si je ne retrouve pas ma majorité, alors de nouvelles élections sont inévitables ", a-t-il dit, précisant qu’il était "la dernière personne à vouloir des élections anticipées "

Nouveau drame possible autour du 20 août

Alexis Tsipras a de nouveau mis en avant la seule chose obtenue par la Grèce pendant ces négociations: la réduction de la dette grecque qui pèse l'équivalent de 170% du PIB. Selon lui, les créanciers se sont engagés à une réduction qui interviendra "en novembre après le premier audit du programme ". 

D'ici là, la Grèce a de nouveau besoin d'argent. Le 20 juillet dernier, un prêt en urgence de 7.2 milliards d'euros lui a permis de rembourser la BCE et le FMI, mais le 20 août, elle doit de nouveau rembourser 3.2 milliards d'euros à la BCE, or ses caisses sont vides. 

Il faut donc que le troisième plan d'aide qui prévoit un nouveau prêt d'au moins 80 milliards des Etats de la zone euro via le MES (Mécanisme Européen de Stabilité) soit négocié avant le 20 août, ce qui implique de:   définir des actions prioritaires à mettre en oeuvre,fixer le calendrier des versements,trouver un accord sur la trajectoire budgétaire de la Grèce retombée en récession au premier trimestre,obtenir le feu vert des trois institutions et de plusieurs Parlements nationaux faire voter le Parlement grec sur les arbitrages décidés Tout cela parait difficilement faisable en trois semaines, pendant l'été.

La difficulté sera également politique. Car lors de cette interview à la radio, Alexis Tsipras a indiqué qu'il n'irait pas au delà de l'accord du 13 juillet. "Nous mettrons en oeuvre ces engagements, sans tenir compte du fait que nous soyons d’accord avec ou pas. Rien au-delà ". Or, selon des parlementaires grecs, certains pays européens font pression pour que le parlement adopte dès août un troisième volet de réforme.