Agriculteur avec ou sans glyphosate : deux conceptions du métier

L'Union Européenne doit dire ce mercredi si elle autorise à nouveau le glyphosate pour neuf ans. Ce puissant pesticide est considéré comme cancérigène par certains chercheurs.

(André Jouanolle (à gauche) et Armel Richomme agriculteurs à Bourgbarré © RF/Anne-Laure Barral)

Le monde scientifique se divise sur cette question : le glyphosate, présent notamment dans le Roundup de Monsanto, est-il cancérigène? L'Union Européenne doit renouveler, ou pas, l'autorisation d'utilisation de ce produit.

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Chez les principaux utilisateurs, les agriculteurs, comme chez les scientifiques, on est divisé. A Bourgbarré près de Rennes, André Jouanolle et Armel Richomme sont voisins. Ils ont le même âge et ils sont tous les deux agriculteurs mais avec des pratiques très différentes.

240 hectares cultivés avec du glyphosate

André Jouanolle a 61 ans. Avec ses six employés il cultive 240 hectares de terres: du blé, du colza, du maïs, de l'orge et des fèveroles. Il utilise des produits à base de glyphosate depuis 40 ans et ne trouve rien à redire à ce puissant herbicide.

"Il faut bien détruire les plantes, les mauvais herbes qui se trouvent sur le sol. Avant de semer, on nettoie la parcelle."

Grâce à ses techniques agricoles, André arrive à produire beaucoup: plus de 100 quintaux à l'hectare pour le blé par exemple. Le glyphosate est une solution très pratique et peu couteuse pour André et il ne voit pas vraiment comment il pourrait s'en passer. "Qu'on nous supprime le glyphosate, pourquoi pas, mais qu'on nous trouve d'autres solutions. Là, c'est non, démerdez-vous !"

40 hectares en agriculture bio

Son voisin à Bourgbarré, Armel Richomme revient justement avec son tracteur équipé de sa herse étrille: "Ce sont des peignes qui brossent le sol pour arracher tous les filaments des mauvaises herbes ." Armel a 61 ans aussi, il est depuis plus de quinze ans en agriculture biologique. Lui aussi cultive 40 hectares en céréales mais pour nourrir ses vaches laitières.

"Nos produits n'ont pas de résidus parce que toutes ces cochonneries-là se retrouvent dans nos assiettes, tôt ou tard. Le glyphosate ce n'est qu'un produit parmi des centaines et des centaines."

C'est pour cela qu'Armel préfère les méthodes manuelles ou mécaniques. "Depuis le temps que les herbicides existent, on a toujours ces mêmes mauvaises herbes. La nature est plus forte que la pétrochimie, en fin de compte ." Sur une même surface, Armel va produire deux fois moins que son voisin André mais il va pouvoir vendre son lait ou ses céréales deux fois plus chers. L'un dans l'autre il s'y retrouve et ne craint plus les interdictions de pesticides.