Complément d'enquête, France 2

VIDEO. "Complément d'enquête" sur les traces de Renée Lafont, journaliste française fusillée par les franquistes

Ce serait la première femme reporter tuée sur un terrain de guerre. En 1936, sur le front républicain espagnol, cette journaliste française a été fusillée par les franquistes, son corps jeté dans une fosse commune. "Complément d'enquête" a rencontré celui qui a sorti Renée Lafont de l'oubli et l'une de ses parentes éloignées, journaliste elle aussi, Maïtena Biraben.

Cordoue, Andalousie. Dans ce paradis pour touristes, des milliers de victimes de la répression franquiste reposent encore dans des fosses communes. En 1936, dans une Espagne déchirée entre républicains et nationalistes, c'était une zone de guerre. C'est ici qu'une Française, écrivain et journaliste alors réputée, a trouvé une mort brutale. Elle s'appelait Renée Lafont.

Les recherches d'un militaire espagnol passionné d'histoire

"Complément d'enquête" a rencontré celui qui l'a sortie de l'oubli. Patricio Hidalgo est un militaire qui approche de la retraite, mais aussi un passionné d'histoire. Aux archives du palais de justice, il est tombé par hasard sur l'acte de décès de Renée Lafont. Un document lacunaire aux termes alambiqués : la mort est attribuée à une "anémie aiguë en raison d'une hémorragie provoquée par des blessures"...

Qu'est-il arrivé à la journaliste française ? Les recherches de Patricio l'ont mené jusqu'à un rond-point de la ville. Elles lui ont appris que le 1er septembre 1936, jour de la mort de Renée Lafont, il y avait ici un canon antiaérien de fabrication allemande, manœuvré par des artilleurs espagnols commandés par un lieutenant allemand.

Le témoignage crucial d'un artilleur franquiste

Patricio a retrouvé l'un de ces artilleurs franquistes. Il a même été pris en photo à cet endroit précis. Avant sa mort, il lui a livré un témoignage capital. Ce jour-là, il a vu passer un camion de prisonniers républicains qui roulait vers le cimetière. Lorsque les prisonniers ont compris ce qui allait leur arriver, ils ont crié. "Une femme française a sauté du camion, poursuit Patricio, rapportant ce témoignage. Les gardes l'ont rattrapée, et ils ont continué. Après, il y a eu des tirs, et ils ont vu le fossoyeur qui transportait des corps dans une brouette. Il m'a aussi raconté qu'à la caserne, ses camarades lui ont dit qu'une journaliste française avait été détenue, et qu'ils l'avaient fusillée dans la nuit."

Renée Lafont a connu une fin tragique : abattue dans ce cimetière, puis jetée dans une fosse commune. En février 2019, le site a été fouillé et des restes ont été exhumés. Pour l'identifier formellement, il manque une preuve ADN…

Maïtena Biraben ignorait tout de sa parente

A Paris, "Complément d'enquête" a rendu visite à l'une de ses descendantes. Journaliste elle aussi, elle ignorait tout de son ancêtre au huitième degré. Maïtena Biraben a découvert une femme hors du commun. "Ce que je sais, c'est qu'elle a choisi sa vie, s'enthousiasme-t-elle. Elle travaillait avec Léon Blum… c'est un livre d'histoire, cette bonne femme !"

Ce jour-là, la journaliste s'apprêtait à envoyer un échantillon de son ADN en Espagne. S'il concorde avec celui qui a été retrouvé sur les restes exhumés à Cordoue, il permettra d'identifier formellement la dépouille de Renée Lafont.

Extrait de "Les oubliés d'Espagne", un reportage à voir dans "Complément d'enquête" le 9 mai 2019.