"On vit dans le stress" : des professeurs du lycée français de Madrid redoutent de devoir rentrer en France

Les lycées français à l’étranger vont mal, victimes des coupes budgétaires constantes depuis 2012. En 2017, le budget a chuté de 8%, alors que le nombre d'élèves a augmenté, comme à Madrid, où des postes ont pourtant été supprimés.

Des étudiants dans un lycée français à l\'étranger.
Des étudiants dans un lycée français à l'étranger. (EMILE WAMSTEKER / MAXPPP)

À la veille du sommet de la Francophonie à Erevan en Arménie, où Emmanuel Macron doit se rendre jeudi 11 et vendredi 12 octobre, parents d'élèves et enseignants du français à l'étranger espèrent être entendus par le gouvernement. Le budget de l'État pour l'enseignement de la langue française à l'étranger a chuté de 8 %. L'inquiétude se ressent notamment au lycée français de Madrid. 

Huit postes supprimés

L'établissement, qui s'étend sur 10 hectares dans la capitale espagnole, est l'un des plus grands au monde : 4 000 élèves, dont 70 % d'étrangers qui parlent parfaitement français. Le nombre d'élèves augmente tous les ans, mais paradoxalement, les subventions de l'État baissent. À Madrid, cela s'est traduit par la suppression de huit postes de titulaires. Ils ont été remplacés par des contrats locaux, des emplois auxquels on peut postuler, sans formation spécifique. "En mathématiques, on a recruté un jeune ingénieur, et en histoire-géo, un jeune étudiant qui n’a pas encore d’expérience", explique Jean-Baptiste Ribet, professeur de maths et représentant du SNES-FSU. "Ces collègues ont les capacités académiques pour enseigner, mais le métier de l’enseignement, un peu artisanal, s’apprend en faisant. Ce sont donc des collègues que l’on doit accompagner pour s’assurer qu’ils soient opérationnels dès le départ", déclare l'enseignant.

"On vit dans le stress à l'heure actuelle"

En trois ans, plus de 500 postes seront supprimés dans le monde et certains craignent de devoir être obligés de rentrer en France. Guillaume Finet "vit dans le stress à l'heure actuelle" : il enseigne la Technologie depuis 19 ans à Madrid. "Le stress de savoir si la vie familiale va changer", explique-t-il. "Mes enfants sont hispano-français, ils ont toute leur vie ici. Ma femme a son emploi stable ici en Espagne et la rupture du contrat de la part de l’État nous obligerait peut-être à rentrer et à nous retrouver dans une situation qui serait précaire."

Les parents d'élèves eux, s'inquiètent du coût des études : ils financent 60 % du budget des lycées français. Il faut compter 5 000 euros par an et par enfant. Hassan Faki a lancé une pétition avec d’autres parents d'élèves, afin de réclamer un gel des frais de scolarité. "Il y a un ras-le-bol sur les augmentations perpétuelles des frais de scolarisation et je connais beaucoup de parents étrangers qui sont actuellement à la limite rouge, c’est-à-dire qui font beaucoup de sacrifices, explique la mère de famille, mais à un moment donné, ils ne pourront plus poursuivre au sein du lycée pour des raisons économiques."

Plusieurs missions sont en cours pour faire un état des lieux de cet enseignement du français à l'étranger. Emmanuel Macron souhaite une réforme du système. Elle devrait être annoncée d'ici la fin de l'année.

Le reportage d'Élise Delève à Madrid
--'--
--'--