Cet article date de plus de huit ans.

La Catalogne : bientôt indépendante?

Le chef du gouvernement catalan, Artur Mas, entend organiser d’ici quatre ans un référendum d’autodétermination malgré son échec aux élections du 25 novembre 2012. Le sentiment indépendantiste est largement alimenté par la crise.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Artur Mars, le président de la Catalogne, l'homme qui veut l'indépendance de la Catalogne sans le dire ouvertement, au cours d'un meeting électoral à Barcelone le 23 novembre 2012, sur fond de drapeaux catalans et européen. (AFP - LLUIS GENE)
Le 11 septembre 2012, une marée humaine de 1,5 million de personnes (sur 7,5 millions de Catalans) défile à Barcelone pour demander l’indépendance de leur région. Une région avec une identité culturelle très affirmée, notamment grâce à sa langue, bannie de l’espace public par la dictature franquiste entre 1939 et 1975. Elle est gérée aujourd'hui gérée par le parti nationaliste de centre droit Convergencia i Unio (CiU).
 
«Même si c’est en silence, vous savez que votre clameur est la mienne», expliquait Arturo Mas aux manifestants à la suite du défilé de Barcelone. Pourtant, jusque-là, le sentiment indépendantiste était surtout porté par des partis de gauche et un réseau associatif. Un sentiment qui a donc pris de l’ampleur ces dernières années : 51,1% des Catalans interrogés pour un sondage disent vouloir l’autodétermination, contre seulement un tiers il y a 10 ans. Les jeunes y sont encore plus favorables : 60 % des 18-35 ans sondés.

Gigantesque manifestation dans les rues de Barcelone; nocomment, Euronews le 12 septembre 2012

La volonté d’indépendance est notamment alimentée par la grave crise économique qui frappe l’Espagne en général, et la Catalogne en particulier. Le taux de chômage y est de 22,6%, en dessous cependant de la moyenne nationale de 25%. Les difficultés économiques ont réveillé des frustrations à l’égard du pouvoir central, comme la décision de la justice espagnole de réduire le statut d'autonomie élargie, datant de 2006. Les Catalans disent aussi éprouver un sentiment d’injustice : la région affirme contribuer au budget espagnol pour 70 milliards d’euros au titre des impôts et n’en récupérerait que 16 milliards. Ce que Madrid dément formellement.   

Puissante mais endettée
Dans ce contexte, la Generalitat demande l’élaboration d’un «pacte fiscal» pour lui permettre de maîtriser la levée de l’impôt et de réduire sa participation à la solidarité nationale. Projet refusé par le président du gouvernement conservateur de Madrid, Mariano Rajoy.

Avec un PIB de 200 milliards d’euros en 2011 (18,7% du PIB national), la Catalogne, qui assure 26,5% des exportations espagnoles, est l’une des régions les plus puissantes du pays (sur 17). Elle compte ainsi pour environ 26,5% des exportations espagnoles. Elle est aussi l’une des régions les plus les plus endettées, avec une ardoise représentant 22% de son PIB. Comme le reste de l'Espagne, elle a dû s’engager dans un effort d’austérité sans précédent. Il lui a aussi fallu se résoudre à demander à Madrid une aide de 5 milliards d’euros. Paradoxe catalan… La Generalitat est tellement endettée qu’elle éprouve même des difficultés à emprunter sur les marchés de capitaux. Il est très probable qu’elle devra chercher «encore le soutien du gouvernement central pour se financer», a estimé l'agence de notation Fitch en novembre.

Le port de Barcelone, le premier d'Espagne, par lequel transite 21 % du commerce extérieur de l'Espagne. D'une manière générale, la Catalogne abrite plusieurs poids lourds de l'économie du pays: CaixaBank, la compagnie aérienne Vueling, le groupe textile Mango... (AFP - Hemis.fr - Maurizio BORGESE )
Fuite en avant ?
Dans ce contexte difficile, Artur Mas s’est efforcé de surfer sur le sentiment indépendantiste en convoquant des élections générales qui se sont déroulées le 25 octobre 2012. Pendant la campagne, il a tenu un discours ambigu, évitant toujours de parler ouvertement d’autodétermination. A l’issue du scrutin, son parti, la CiU, reste en tête, mais a perdu 12 des 62 sièges qu’il détenait au Parlement, s’éloignant ainsi de la majorité absolue (68 sièges).

La formation nationaliste paye «la facture des coupes sociales, dans l’éducation et la santé», analyse Ferran Requejo, professeur de sciences politiques à l’université Pompeu Fabra à Barcelone.

Quid maintenant du projet d’autodétermination ? Sur le papier, le Parlement catalan est formé d’une majorité de députés favorables à un référendum. Mais les forces sont morcelées. S’il veut mener à bien son projet d’indépendance, le président de la Generalitat devra compter sur la gauche. Laquelle est hostile à sa politique économique et sociale…

L’indépendance n’est peut-être donc pas encore pour demain. D'autant que le gouvernement de Mariano Rajoy ne voit pas d’un très bon œil une éventuelle sécession de la Catalogne. Laquelle pourrait donner des idées à d’autres régions comme le Pays basque. Quoiqu'il en soit, l''indépendance de la Generalitat passe par une réforme de la Constitution espagnole. Le processus est donc loin d'arriver à son terme.

L'indépendance de la Catalogne entre espoir et inquiétude, Euronews, 16 novembre 2012

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Espagne

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.