L'ancien roi Juan Carlos, soupçonné de corruption, a décidé de quitter l'Espagne

Il a fait part de son choix dans un courrier adressé à son fils, Felipe VI, rendu public par la maison royale. Juan Carlos est dans le viseur de la justice espagnole depuis plusieurs années.

L\'ancien roi d\'Espagne Juan Carlos lors des funérailles de Jean d\'Aviano, grand-duc de Luxembourg, le 4 mai 2019 à Luxembourg.
L'ancien roi d'Espagne Juan Carlos lors des funérailles de Jean d'Aviano, grand-duc de Luxembourg, le 4 mai 2019 à Luxembourg. (JOHN THYS / BELGA / AFP)

Soupçonné de corruption et sous le coup d'une enquête, l'ancien roi d'Espagne Juan Carlos a annoncé sa décision de quitter le pays, lundi 3 août, dans une lettre adressée à son fils, le souverain Felipe VI.

"Guidé à présent par la conviction de rendre le meilleur service aux Espagnols, à leurs institutions, et à toi en tant que roi, je t'informe de ma décision réfléchie de m'exiler, en cette période, en dehors de l'Espagne", écrit Juan Carlos, cité dans un communiqué de la maison royale (texte en espagnol). "Il y a un an, je t'avais exprimé ma volonté et mon désir d'abandonner les activités institutionnelles", rappelle-t-il, affirmant avoir "toujours voulu le meilleur pour l'Espagne et la couronne". Le roi Felipe VI accepte et le remercie pour sa décision.

C'est une décision que je prends avec une profonde peine, mais une grande sérénité.Juan Carlos, ancien roi d'Espagnedans une lettre à Felipe VI

Juan Carlos Ier avait abdiqué en juin 2014 en faveur de son fils Felipe, alors que la fin de son règne avait été ternie par différents scandales, et en particulier des soupçons sur sa fortune opaque et ses relations étroites avec la famille royale saoudienne.

Le parquet du Tribunal suprême en charge de l'enquête

A partir du mois de septembre 2018, le parquet espagnol anti-corruption s'était penché notamment sur des enregistrements de l'ancienne maîtresse de Juan Carlos, Corinna zu Sayn-Wittgenstein. Celle-ci affirmait que le souverain avait encaissé une commission pour la concession d'un contrat de 6,7 milliards d'euros attribué en 2011 à un consortium d'entreprises espagnoles pour la construction d'un train à grande vitesse entre La Mecque et Médine.

Au mois de mars dernier, La Tribune de Genève avait rapporté (article payant) qu'il aurait reçu 100 millions de dollars de feu le roi d'Arabie saoudite Abdallah en 2008, sur un compte en Suisse d'une fondation panaméenne. Le même mois, le quotidien The Daily Telegraph rapportait que Felipe VI était également bénéficiaire de cette fondation. Après la publication de ces articles, Felipe VI a retiré à son père une dotation annuelle du palais royal évaluée à plus de 194 000 euros par an. Puis il a annoncé qu'il renonçait à l'héritage de son père "afin de préserver l'exemplarité de la couronne".

L'enquête avait échu au parquet du Tribunal suprême puisqu'"une des personnes impliquées dans les faits visés par l'enquête était alors le roi, l'actuel souverain émérite Juan Carlos de Bourbon". Le parquet du haut tribunal avait ouvert une enquête au mois de juin, afin de savoir si l'ancien roi pouvait être inclus dans le dossier, car il était protégé par son immunité jusqu'au moment de son abdication.