Sur la route de la sécheresse : rêves de barrage près de Monflanquin

Après la sécheresse de 1976, devra-t-on désormais parler de celle de 2015 ? Une partie du pays est confrontée au phénomène. Quelque 60 départements étaient touchés vendredi par des restrictions d'eau liées. France info a choisi ce weekend de traverser ces zones frappées par la pénurie d'eau, dans le sud-ouest de la France notamment.

(Les agriculteurs ne peuvent pas irriguer correctement leurs exploitations dans le Tarn-et-Garonne © RF/Aurélien Accart)
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Premier arrêt à Bressols : un gros bourg cerné par les plantations et les vergers. On s’arrête devant un petit chalet en bois abrité en bord de route. Sous une ancienne station-service, un stand de vente direct de fruits et légumes. Brice est le fils des maraîchers du village, il aide à vendre la production familiale : "On part en été sur de la tomate, poivrons, concombres, aubergines, courgettes, de l'oignon frais, de la pomme de terre. Tout ce qu'on peut trouver en ce moment ". Des légumes sous très haute surveillance en ce moment : "On ressent le contrecoup de la chaleur quelques jours après. Là, justement, on est en pleine période de diminution de la production ".

Un peu plus loin sur la route, à la sortie de Montauban, on quitte la route départementale pour aller réveiller Driss.  Affalé dans sa voiture,  à l’ombre d’une rangée de pommiers, Driss est saisonnier : "On s'arrange avec les patrons, on commence quelques heures plus tôt, vers 6h. On s'arrête à 14h. Mais l'après-midi c'est vraiment dur. C'est insupportable ". Les pommes ont droit à un peu d’irrigation. Elles n’ont pas l’air de souffrir de la sécheresse. Au contraire des travailleurs qui œuvrent sous le cagnard.

Nuage de poussière

Mais il n’y a pas que ceux qui travaillent qui souffrent de cette sécheresse. Je m'en suis rendu compte un peu loin sur cette même route. Un modeste panneau indique l’entrée du golf des Aiguillons. Le chemin qui y mène est très sec. La voiture de devant nous plonge dans un nuage de poussière. Mais ce n’est rien comparé à l’état du gazon après plusieurs semaines sans pluie. Laurent Vanoni est le gérant de ce "neuf trous" de 38 hectares, un golf familial fondé par son père : "Je suis tout seul à l'entretenir. Voilà ce qui se passe au bout d'un mois-et-demi quasiment sans eau. Mais bon, je ne me fais pas de souci, ça repartira après les premières pluies ".

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Il l’entretient seul. Un petit bassin d’eau de pluie lui permet d’arroser mais il faut faire des choix. Seules les zones de départs et les greens restent donc colorés en vert : "Y'a longtemps que je n'avais pas vu une année pareille. Un manque d'eau comme ça, ça remonte au siècle dernier : 1990,92 ".

Pour lui c’est bien pire que la dernière canicule de 2003, car plus tôt et plus long. Mais le golf reste praticable selon Eric : "Ca pimente un peu le parcours. C'est un petit peu plus compliqué étant donné que par endroit, la terre est dure. Et c'est un plaisir différent ".

Lot-et-Garonne

Et pour nous il est temps de reprendre la route. Nous nous arrêtons dans le Lot-et-Garonne. Tout au nord du département, où il n’est pas tombé une goutte de pluie depuis plus d’un mois. Là, on retombe dans une zone très impactée par la sécheresse : les champs de maïs semblent carbonisés. Les tournesols tournent surtout de l’œil. Et puis soudain un bruit. Quelqu’un arrose ses champs et vu l’état impeccable du maïs, c’est même à volonté. Benoît Laugié est producteur de maïs et semencier. Pas possible de s’approvisionner dans la rivière Lède : "Interdiction totale de pomper dans la rivière. De toutes façons, même si on voulait pomper, il n'y aurait pas d'eau suffisante ". 

Alors d’où vient cette eau ? Réponse de Benoît : "Il y a une réserve. C'est un plan d'eau de quatre hectares : 140.000 mètres cube, ce qui permet d'irriguer 70 hectares de maïs ". Un bassin qui stocke l’eau l’hiver pour qu’elle soit là l’été quand on en a besoin. Benoît jette un œil sur le champ de son voisin : "C'est en pleine floraison et les feuilles sont toutes recroquevillées. Il n'y aura pas d'épi, il n'y aura pas de fécondation. C'est du travail de perdu, c'est de l'argent de perdu ". Et il nous explique son projet d’une petite retenue d’eau, qui bénéficierait cette fois à 70 agriculteurs : "Ca permettrait d'irriguer, ça permettrait de sauver les poissons et tout ce qu'il y a dans cette rivière, qui sont en train d'agoniser ".

Problème, ça ressemble beaucoup à un certain barrage de Sivens, et tous les problèmes qui vont avec. Décidément sur cette route, la sécheresse semble quand même avoir un temps d’avance.