Projet "Make our planet great again" : les chercheurs américains "vont venir partager notre misère", déplore un syndicat

Secrétaire général du syndicat national des chercheurs scientifiques, Patrick Monfort pointe le manque de moyens investis par le gouvernement dans la recherche. Et ce malgré les déclarations d'Emmanuel Macron, qui veut attirer les chercheurs d'outre-Atlantique.

Capture d\'écran du site internet Makeourplanetgreatagain.fr, lancé par l\'Elysée pour promouvoir le projet d\'Emmanuel Macron.
Capture d'écran du site internet Makeourplanetgreatagain.fr, lancé par l'Elysée pour promouvoir le projet d'Emmanuel Macron. (MAKEOURPLANETGREATAGAIN.FR)
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Opération de communication ou véritable politique pour la recherche ? Alors que les lauréats du projet "Make our planet great again", lancé par Emmanuel Macron pour attirer en France des chercheurs étrangers déçus par la sortie des Etats-Unis des accords de Paris sur le climat, doivent être révélés mardi 12 décembre, le Syndicat national des chercheurs scientifiques (SNCS-FSU) ne cache pas son scepticisme. Patrick Monfort, son secrétaire général, explique à franceinfo ses réserves sur ce projet phare du président de la République.

Franceinfo : Que pensez-vous du projet lancé par Emmanuel Macron pour attirer des chercheurs américains en France ?

Patrick Monfort : Ce serait un bon projet s'il était accompagné de financements pour la recherche. Le gouvernement soutient une cinquantaine de personnes étrangères. Il les fait venir en leur disant : "Venez travaillez chez nous parce que nous allons donner les moyens". Mais en fin de compte, il ne donne pas les moyens, ni à la recherche française, ni à ces personnes. Pour nous, c'est beaucoup de communication. La réalité, c'est que la recherche n'est toujours pas plus financée aujourd'hui qu'hier ou qu'il y a dix ans.

Pour vous, ce programme n'est pas financé ?

Dans cette opération, l'Etat débloque 30 millions d'euros. Cela représente à peu près les salaires des 50 personnes qui vont venir. Déjà, il y a un problème de disparité salariale : selon nos calculs, l'Etat va payer à peu près deux fois plus ces personnes que les chercheurs français. Cela va à l'encontre de tout système de recrutement. Au CNRS, tous les ans, nous recrutons à peu près 25% d'étrangers, sur 300 recrutements. Cela représente 75 personnes, beaucoup plus que les 50 annoncées. Elles sont recrutées comme les autres chercheurs, dans le système actuel. 

Ensuite, c'est aux laboratoires d'apporter les 30 millions supplémentaires. Sur nos propres budgets, déjà insuffisants, on nous demande de mettre de côté des moyens. L'Etat dit aux laboratoires : "C'est à vous de mettre les moyens", alors que nous ne les avons pas.

Est-ce que le sujet du changement climatique ne mérite pas cet effort supplémentaire que l'on demande aux laboratoires ?

Il est évident que le sujet du climat, que j'élargis aux questions environnementales, mérite un effort. Mais cet effort, il faut le faire. Nous considérons aujourd'hui qu'il n'y a pas, aussi bien de la part de la France que de l'ensemble des Nations, l'effort nécessaire pour que la recherche apporte des solutions à ces problèmes. Quand les Etats-Unis ont voulu faire la bombe nucléaire, ils l'ont réalisée en trois ans, en faisant travailler 200 000 personnes sur le sujet. Est-ce qu'on est capable de mettre les mêmes moyens pour trouver les solutions rapidement ?

Aujourd'hui, le gouvernement français ne fait aucun effort sur la recherche, nous décrochons par rapport aux Etats-Unis. Nous sommes cités en exemple par rapport aux Etats-Unis, parce que Trump sort de la COP21 et coupe les moyens des agences fédérales, mais les Etats-Unis n'ont pas coupé les moyens de recherche dans les universités. Là-bas, elle se porte très bien, elle est même mieux financée que chez nous.

Quelle est l'ambiance dans les laboratoires par rapport à ce projet ?

Aujourd'hui, il ne faut pas croire qu'il y a un grand enthousiasme pour ce projet. On fait venir des collègues et on leur dit : "Venez partager des moyens que nous n'avons pas". C'est en plus très insultant pour les chercheurs français : ce projet donne l'impression que la recherche française n'est pas bonne, qu'il faut faire venir 50 personnes pour relever le niveau, qu'elles seront payées deux fois plus et qu'elles prendront nos moyens. Comment voulez-vous que ce soit accueilli dans les laboratoires ? C'est très mal accueilli.

Envisagez-vous des actions contre ce projet ?

Non, cela ne le mérite pas. Ce projet ne représente que 50 chercheurs, sur les 11 000 du CNRS. Ces collègues vont venir partager notre misère, très bien. Notre action n'est pas contre eux ou contre le projet. Nous allons continuer à demander des moyens pour la recherche et que la France réalise son engagement de porter à 1% du PIB le soutien à la recherche publique. Nous demandons un milliard d'euros par an pendant dix ans pour la recherche, seule façon d'arriver à ce 1%. Si nous avions cela, nous n'aurions plus de problèmes pour réaliser nos programmes. Il est là, le problème de fond.

Le gouvernement va nous dire que l'Etat n'a plus les moyens, qu'il faut se serrer la ceinture. Je veux bien, mais tout le monde ne se serre pas la ceinture de la même façon. L'urgence environnementale nécessite des moyens urgents. C'est une question pour l'avenir de l'humanité. Soit on décide de mettre les moyens, soit on va à la catastrophe.

Franceinfo est partenaire de la consultation "Agissons ensemble pour l'environnement" avec Make.org. Si vous souhaitez y participer, vous pouvez proposer vos idées et voter sur celle des autres participants dans le module ci-dessous.