"C'est une opportunité inattendue" : des chercheurs américains expliquent pourquoi ils ont rejoint le projet "Make Our Planet Great Again"

Le gouvernement a annoncé les noms des 18 premiers scientifiques invités à venir travailler en France sur le changement climatique.

Le président de la République, Emmanuel Macron, brandit un panneau \"Make our planet great again\", le 11 décembre 2017 à Paris.
Le président de la République, Emmanuel Macron, brandit un panneau "Make our planet great again", le 11 décembre 2017 à Paris. (PHILIPPE WOJAZER / AFP)
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Thomas BaïettoFrance Télévisions

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Ils veulent rendre "sa grandeur" à notre planète. Le gouvernement a annoncé, mardi 12 décembre, les noms des 18 premiers lauréats du projet "Make Our Planet Great Again" (MOGPA). Annoncé par Emmanuel Macron après la sortie des Etats-Unis de l'accord de Paris, ce projet, critiqué par un syndicat français, propose à 50 scientifiques étrangers, américains dans leur majorité, de venir étudier le changement climatique et les questions environnementales en France. Trois d'entre eux se sont confiés à franceinfo.

Chercheur à l'université de Columbia, Alessandra Giannini va venir travailler à Paris sur l'amélioration de la prévision des pluies en zone tropicale. "C'était une opportunité inattendue et je me suis dit que ça allait me permettre de travailler plus étroitement avec les chercheurs français qui ont le même sujet de recherche", explique-t-elle à franceinfo. Si elle indique n'avoir pas rencontré de difficultés depuis l'élection de Donald Trump, elle constate que "le soutien public à la recherche stagne depuis dix ans".

Notre président nous a peut-être fait une faveur, en nous obligeant à regarder sérieusement l'état des financements publics à la recherche aux Etats-Unis.

Alessandra Giannini

à franceinfo

L'impact psychologique de Trump

Christopher Cantrell et Camille Parmesan sont encore plus sceptiques. "Il n’y a pas de doute que depuis dix ans aux Etats-Unis, c’est bien plus difficile, plus compétitif, seuls les très très bons projets trouvent des financements", confie le premier. Venu de l'université de Boulder, dans le Colorado, il travaillera à Créteil sur l'impact climatique et sanitaire à grande échelle de la pollution urbaine. La seconde, qui étudiera l'impact du changement climatique sur les espèces près de Toulouse, ne mâche pas ses mots contre le président américain.

C’est psychologiquement difficile d’avoir le chef de l’Etat de votre pays qui ne croit pas à la recherche que vous menez depuis 20 ans, qui la discrédite et dit que ce n’est pas réel.

Camille Parmesan

à franceinfo

Séduite par le slogan d'Emmanuel Macron, elle confie à franceinfo que sa décision de s'installer en France s'explique "à la fois par le refus de vivre dans un endroit où la science est assiégée" et par "le financement très génereux" du projet MOGPA. "Je suis très frustrée par le manque d'action sur le changement climatique, alors que la science dit depuis 15 ans qu'il est provoqué par l'homme et que cela a déjà un énorme impact sur les espèces et les milieux naturels", poursuit la chercheuse américaine.

Questionnée sur les réserves émises par le syndicat SNCS, qui dénonce un coup de communication sans moyen puisque les laboratoires devront puiser la moitié du financement dans leur budget (30 millions d'euros), Alessandra Giannini répond avec prudence. "Nous attendons de voir. Pour le moment, on me propose un contrat de cinq ans", précise-t-elle, avant d'ajouter : "L'idée d'injecter dans le système un peu de sang étranger – des idées et des approches complémentaires, des pratiques différentes – vaut selon moi la peine d'être défendu, pour que l'on se rende compte des avantages que peut présenter la mondialisation."