Quatre questions sur l'extraction de sable en baie de Lannion

Une dune sous-marine va être exploitée pour permettre d'enrichir les terres agricoles bretonnes. Si l'exploitation a été autorisée, Ségolène Royal souhaite aider les opposants à ce projet à faire appel.

Manifestation contre l\'extraction de sable en baie de Lannion (Finistère), le 17 octobre 2015.
Manifestation contre l'extraction de sable en baie de Lannion (Finistère), le 17 octobre 2015. (FRED TANNEAU / AFP)
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Simon GourmelletFrance Télévisions

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Dans cette bataille du sable, les opposants peuvent compter sur le soutien de Ségolène Royal. La ministre de l'Environnement va "appuyer" le recours devant le Conseil d'État de plusieurs communes de l'agglomération de Lannion (Côtes-d'Armor). Celles-ci demandent la suspension de l'extraction de sable coquillier dans la baie bretonne, a-t-elle annoncé jeudi 8 septembre sur France Inter.

Les opposants à ce projet ont vu leur recours rejeté par le tribunal administratif de Rennes, lundi 5 septembre, et deux jours plus tard, ils ont découvert que l'extraction avait déjà débuté, rapporte France Bleu Breizh Izel

Si vous n'aviez jamais entendu parler de ces sables, franceinfo revient sur ce bras de fer breton en quatre questions.

1Où va avoir lieu l'extraction ? 

L'autorisation prévoit d'extraire des fonds marins 250 000 m3 par an pendant 15 ans sur une zone de 4 km2. Soit 3,75 millions de m3 d’une dune sous-marine située à environ 7 km de Trébeurden et 10 km de Locquirec (Finistère). Elle est également à moins d’un kilomètre de deux zones classées Natura 2000, dont celle de la réserve des Sept-Îles. Il faut plonger à 35 mètres de profondeur pour le trouver.

La zone d\'extraction du sable coquillier en baie de Lannion (Côtes-d\'Armor).
La zone d'extraction du sable coquillier en baie de Lannion (Côtes-d'Armor). (FRANCE 3 BRETAGNE)

2Pourquoi exploiter ce sable ?

Pas question de s'en servir pour la construction. L'objectif de ce pompage géant est de fertiliser les terres agricoles bretonnes pour diminuer leur acidité. Utilisé comme fertilisant agricole, ce sable constitué de fragments de coquillages est quasiment le seul à pouvoir remplacer le maërl, une algue fossilisée désormais protégée, explique France 3 Bretagne. La Compagnie armoricaine de navigation, filiale du groupe Roullier, qui exploitait cette algue cherche désormais de nouveaux gisements pour compenser cette interdiction, et a donc ciblé cette dune, précise Ouest-France.

3Que craignent les opposants ?

Cette dune sous-marine sert notamment d'habitat pour de nombreuses espèces de poissons clame le collectif citoyen Peuple des dunes en Trégor - qui regroupe plusieurs dizaines d'associations ou fédérations. Ce sable est notamment le refuge du lançon, un petit  poisson qui sert de base à l'alimentation de nombreuses espèces comme le bar. L'extraction aurait également des conséquences sur la survie d'oiseaux marins, précise l'avocate des élus et associations, citée dans Ouest-France.

Les opposants craignent également un impact sur le tourisme, puisque le projet prévoit d'extraire du sable jour et nuit à l'aide d'aspirateurs géants embarqués sur des navires sabliers. Pour les opposants, ce sable pourrait être remplacé par du calcaire terrestre, des coquillages de sites ostréicoles, ou la boue du Mont-Saint-Michel. 

4Qui a donné l'autorisation ?

C'est l'ancien ministre de l'Economie Emmanuel Macron qui a autorisé l'extraction en avril 2015. Le décret est paru en septembre 2015 au Journal officiel.  Une décision qui ne faisait pas l'unanimité au sein du gouvernement. Ce que Ségolène Royale n'a pas manqué de rappeler, jeudi 8 septembre sur France Inter. "Je n'étais pas favorable à cette décision prise par Emmanuel Macron. C'est une décision grave, écologiquement irresponsable. Je vais donc appuyer ce recours des associations devant le Conseil d'État. Elles vont être reçues par mes équipes. On va travailler les arguments scientifiques." Le bras de fer va donc continuer, tout comme l'extraction du sable puisque la ministre l'a précisée : "Je n'ai pas le pouvoir de stopper, mais j'ai le pouvoir de donner des arguments devant la justice".