Ouvrier agricole mort d'un cancer : sa sœur se demande "jusqu'à quand des gens vont payer de leur vie ces poisons"

Marie-Lys Bibeyran, soeur d'un ouvrier viticole mort d'un cancer, cherche à faire reconnaître la maladie de son frère comme maladie professionnelle. Elle a été déboutée par la Cour d'appel de Bordeaux jeudi. 

Un tracteur pulvérise du sulfate sur des pieds de vignes, à Macau, près de Bordeaux, le 24 mai 2012.
Un tracteur pulvérise du sulfate sur des pieds de vignes, à Macau, près de Bordeaux, le 24 mai 2012. (JEAN-PIERRE MULLER / AFP)
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La Cour d'appel de Bordeaux a rejeté, dans un arrêt rendu jeudi 21 septembre, la reconnaissance comme maladie professionnelle du cancer qui a causé la mort, en 2009, d'un ouvrier agricole de Gironde exposé à des pesticides durant sa carrière. Cette décision vient confirmer celle prononcée par le tribunal des affaires de sécurité sociale en janvier 2014.

"Même une juridiction reconnaît qu'il peut y avoir un lien entre pesticide et cancer" Marie-Lys Bibeyran, soeur d'un ouvrier viticole mort d'un cancer, à franceinfo.
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La sœur de cet ouvrier, Marie-Lys Bibeyran, s'est dite sur franceinfo "déçue" par la décision de la Cour d'appel de Bordeaux et verra avec son avocat quelle suite donner à cette décision de justice. "Je me demande jusqu'à quand des personnes vont payer de leur vie l'exposition à ces poisons", s'est-elle interrogée. Elle compte au moins poursuivre sa "lutte sur le terrain" pour permettre au "travailleur d'accéder à ce droit de reconnaissance de la maladie professionnelle".

franceinfo : comment avez-vous réagi à l'annonce de la décision de la Cour d'appel de Bordeaux ?

Marie-Lys Bibeyran : Je suis déçue par la teneur de la décision. Je pense à mon frère, à ma maman qui est morte il y a même pas deux mois de la maladie de Parkinson, également liée aux pesticides. Je me demande jusqu'à quand des personnes vont payer de leur vie l'exposition à ces poisons et dans cette indifférence des autorités et des juridictions.

Êtes-vous certaine que ce sont les pesticides qui ont causé la maladie de votre frère ?

La décision de la Cour d'appel dit : "Les pesticides organochlorés sont susceptibles d'entraîner un risque accru de cancer des voies biliaires". Même une juridiction reconnaît qu'il peut y avoir un lien entre pesticide et cancer. Mais on a beaucoup de choses qui jouent contre nous. Par exemple, l'employeur de mon frère a fourni une liste de produits incomplets puisque Denis a travaillé de 1984 à 2008 et l'employeur n'a fourni les produits utilisés que de 2000 à 2008. On met en lumière toute la difficulté pour le travailleur d'accéder à ce droit de reconnaissance de la maladie professionnelle.

Comptez-vous poursuivre le combat judiciaire ?

Je vais me rapprocher de mon avocat pour savoir quelle suite apporter à cette décision. Mais, il y a un combat que je mène déjà depuis la création de l'association 'Info Médocs Pesticides' et au sein de ce collectif, je vais lutter sur le terrain, auprès des travailleurs des vignes.