Monsanto devant la justice américaine : "Si le jardinier gagne, ce procès serait le premier d'une très longue liste"

Marie-Monique Robin, réalisatrice du documentaire Le monde selon Monsato, estime qu'"il y a plein de preuves qui montrent comment l'entreprise a caché la toxicité" de son célèbre herbicide. 

Le jardinier DeWayne Johnson, lors du procès face à Monsanto, à San Francisco (Californie, États-Unis), le 9 juillet 2018. 
Le jardinier DeWayne Johnson, lors du procès face à Monsanto, à San Francisco (Californie, États-Unis), le 9 juillet 2018.  (JOSH EDELSON / POOL)

Aux États-Unis, un procès a débuté il y a près d'un mois pour déterminer si le géant agrochimique Monsanto a voulu cacher la dangerosité de ses désherbants au glyphosate. Un jardinier, Dewayne Johnson, qui les utilisait quotidiennement, souffre aujourd'hui d'un cancer en phase terminale. Il réclame à Monsanto plus de 400 millions de dollars en dommages et intérêts. À San Francisco, les délibérations pourraient durer jusqu'à vendredi.


Marie-Monique Robin, journaliste d'investigation, réalisatrice du documentaire Le monde selon Monsato assure jeudi 9 août sur franceinfo qu'"il y a plein de preuves qui montrent comment Monsanto a caché la toxicité du glyphosate". Pour elle, ce procès est "le premier d'une très longue liste".

franceinfo : Selon vous, la dangerosité de l'herbicide ne fait aucun doute malgré les dénégations de Monsanto ?

Marie-Monique Robin : L'Organisation mondiale de la santé, à travers son centre de recherche sur le cancer, a déclaré que le glyphosate était un cancérigène probable pour les humains. Il y avait beaucoup de données scientifiques montrant un lien entre l'exposition à cet herbicide et le lymphome hodgkinien. Depuis, il y a une bataille, qui est pour moi une fausse polémique, car toutes les études indépendantes qui ont été faites par des laboratoires, où les scientifiques n'ont pas d'intérêt financier quant aux résultats de leurs recherches, montrent ce lien. Les seules études qui disent le contraire, ce sont des études financées par les industries. Il y a même des études cachées par Monsanto, que j'ai pu consultées, qui montraient en 1981 que cet herbicide était cancérigène.

L'avocat de Dewayne Johnson fait la comparaison avec l'industrie du tabac. Quand, auparavant, les preuves scientifiques s'amoncelaient contre l'industrie du tabac et qu'il était devenu impossible de cacher sa toxicité. Vous êtes d'accord ?

Monsanto s'est rapproché d'autres industriels du tabac dès le début des années 1970 pour voir comment ils avaient fait pour enfumer tout le monde. L'une des techniques, c'est quand vous avez une étude indépendante qui montre qu'il y a un problème avec un produit, Monsanto finance en sous-main une étude qui va montrer le contraire. Avec les "Monsanto papers", des milliers de documents ont aussi été déclassifiés, ce sont des mails internes faits par des cadres, des rapports internes et que j'ai consultés. Là, on voit comment Monsanto a essayé de payer un chercheur du Pays de Galles, James Parry. Mais il est très honnête parce que, quand on lui a demandé de réviser toutes les données disponibles et de dire si cela peut provoquer un cancer, il a répondu oui. On a alors mis son rapport dans un tiroir. Il y a plein de preuves qui montrent comment Monsanto a caché la toxicité du glyphosate.

Quelle sera selon vous l'issue de ce procès ?

On va bien voir ce que vont dire les jurés. Ils sont douze, ce sont des citoyens américains qui vont essayer de séparer le bon grain de l'ivraie et ce n'est pas facile. En face, les avocats de la partie Monsanto sont très solides. Ils savent très bien utiliser tous les recours possibles pour semer le doute. Mais ce serait une première si ce jardinier gagne. Ce procès serait le premier d'une très longue liste.