Lobbies : le fichage de personnalités est en fait assez courant (mais parfois bien illégal)

Plusieurs personnalités et médias français veulent porter plainte après les révélations d'un fichage présumé pour Monsanto. Si le procédé dans cette affaire semble abusif, le simple fait de ficher les cibles des lobbies est en réalité une pratique courante.

Logo de Monsanto, le 24 mai 2016.
Logo de Monsanto, le 24 mai 2016. (JOHN THYS / AFP)
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Est-il légal de ficher des personnalités ? La question se pose depuis les révélations de France 2 et du journal Le Monde, jeudi 10 mai, à propos de l'entreprise américaine Monsanto. Pour cette société, des agences de communication ont fiché des centaines de scientifiques, politiques et journalistes, en fonction de leur degré de soutien au glyphosate, le produit phare mais décrié de Monsanto. L'un des documents en question répertorie les adresses privées et les téléphones sur liste rouge de personnalités.

>> Fichage pour Monsanto : Ségolène Royal appelle à "profiter de cette révélation pour nettoyer le système de lobbying parfaitement nocif"

Ce type de fichage très "serré" n'est pas une première

En 2013, Philip Morris, le fabricant de cigarettes, se fait déjà épingler pour le même type de procédé. En plein débat sur le tabac et la prévention au Parlement européen, une fuite de documents montre que les eurodéputés sont classés, en fonction d'un code couleur. Rouge, pour ceux qui sont opposés à l'industrie du tabac, bleu ceux qui en sont proches, vert, il faut les approcher d'urgence. Plus de 160 lobbyistes sont mobilisés à ce moment-là par le cigarettier, propriétaire notamment de Malboro.

Le fichage de personnalités est en fait une méthode de travail très classique

En réalité, il y a ficher... et ficher. Ce qui est sûr, c'est que ça fait partie de la base du métier de lobbyiste que de lister ses interlocuteurs, de savoir quelle position ils ont sur un sujet, c'est une méthode très classique de travail. Les lobbyistes représentent parfois ça sous forme de matrice, avec deux axes (un vertical et un horizontal), en fonction d'une part de leur proximité avec le thème – le tabac, les pesticides, ou encore la protection des océans – et d'autre part en fonction de leur influence – s'ils sont au cœur du pouvoir ou relativement marginalisés. Cela s'appelle la cartographie ou le mapping. C'est exactement l'un des documents de Monsanto qui a fuité.

Exemple de \"mapping\" réalisé à propos du glyphosate.
Exemple de "mapping" réalisé à propos du glyphosate. (Capture d'écran France 2)

Mais certaines pratiques sont bien illégales

Ce qui pose problème, dans le cas de Monsanto, c'est qu'il y a aussi des recommandations : "à éduquer", "à surveiller"... Qu'est-ce que cela signifie ? Par ailleurs, des informations personnelles ont visiblement été ajoutées, comme les numéros de téléphone sur liste rouge. Là ça devient plus gênant, on se rapproche du profilage ou de l'espionnage.

Les juristes du secteur expliquent qu'on peut utiliser toutes les informations publiques : tel élu a répondu à une interview, a écrit sur son blog, a formulé une question écrite au gouvernement. Les lobbies peuvent bien-sûr utiliser ce stock d'informations. Mais quand ce sont des indications plus personnelles, sensibles, c'est interdit par principe, sauf si on a le consentement explicite de la personne visée.