Glyphosate : "Interdire de façon généralisée, c'est de l'utopie totale", affirme la FNSEA

Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, a réagi mercredi sur franceinfo après son entrevue au Salon de l'agriculture avec le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot.

Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, le 19 octobre 2017 à Matignon.
Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, le 19 octobre 2017 à Matignon. (MAXPPP)
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Le glyphosate sera interdit d'ici trois ans, comme en a décidé Emmanuel Macron. Pourtant, dimanche 25 février, Nicolas Hulot, son ministre de la Transition écologique, a annoncé des dérogations possibles dans certains territoires ou pour certains produits si des alternatives ne sont pas trouvées. Nicolas Hulot s'est finalement rendu mardi 28 février au Salon de l'agriculture où il a pu échanger sur le sujet ce sujet avec Christiane Lambert. La présidente de la FNSEA a réitéré mercredi sur franceinfo la position du syndicat agricole sur le glyphosate.

franceinfo : Nicolas Hulot était au Salon de l'agriculture mardi. Avez-vous parlé du glyphosate avec lui ?

Christiane Lambert : Il a reparlé des dérogations pour 20% des situations où l'arrêt n'est pas possible, mais plus largement nous avons parlé des produits phytosanitaires, du besoin pour l'agriculture d'avoir des produits de protection des plantes. Les consommateurs attendent des produits zéro défaut et il faut pouvoir traiter nos cultures, que ce soit en agriculture biologique ou en agriculture classique. Nous lui avons présenté le travail très important que nous menons avec 35 organisations, le contrat de solution pour la protection des plantes, en comptant sur l'innovation, la recherche, le conseil, les pratiques agronomiques. Tout ce qui va permettre d'avoir moins d'impact et moins recours aux produits phytosanitaires. Il a salué de façon très forte cette initiative devant mon conseil d'administration, présent [mardi soir].

Le porte-parole de la Confédération paysanne, Laurent Pinatel, n'est pas d'accord avec ces dérogations et estime qu'il faut légiférer de manière très contraignante. Qu'en pensez-vous ?

M. Pinatel est toujours contre. C'est une culture, un état d'esprit. C'est un métier. M. Pinatel sait très bien que ce n'est pas possible. Il est hors sol ! Les agriculteurs disent que dans le cas des vignes rampantes, de l'agriculture de conservation des sols, ce n'est pas possible. Mettre en place des dérogations est nécessaire et c'est du pragmatisme. Interdire de façon généralisée, c'est de l'utopie totale. Nous nous ne sommes pas dans l'utopie, nous sommes dans le pragmatisme.

La FNSEA s'engage-t-elle à sortir le plus possible de ces produits phytosanitaires ?

Bien sûr, mais nous nous engageons par du travail, non par du slogan. Nous avons autour de nous 35 organisations avec la recherche, l'innovation. Nous avons montré à M. Hulot des plants de vignes qui ont été sélectionnés pour résister à l'oïdium et au mildiou qui sont les deux maladies les plus impactantes pour la vigne. Avec ces cépages-là, on peut réduire de 70% le recours aux produits phytosanitaires. C'est 17 ans de recherche pour arriver à trouver à cela. Dans le temps, oui, nous arriverons à réduire le recours aux produits phytosanitaires, chaque fois qu'il y aura des alternatives pour les remplacer.

Pourquoi ne croyez-vous pas en la bonne foi de la Confédération paysanne lorsqu'elle dit que c'est possible d'interdire le glyphosate dans trois ans ?

Dans leurs propres rangs, des agriculteurs disent le contraire. Le pragmatisme, c'est que nous ne maîtrisons pas le climat, nous ne maîtrisons pas les attaques de ravageurs, donc il faut du pragmatisme. Dans notre métier, il n'y a pas de place pour les "il n'y a qu'à" et les injonctions. Le pragmatisme, c'est qu'aujourd'hui, pour un agriculteur, le recours au glyphosate est une très bonne solution. Dans 20% des cas, c'est vrai qu'il faut des dérogations. Mais si sur l'ensemble des agriculteurs, on arrive à réduire jusqu'à 70%, et bien nous aurons des résultats !

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