Glyphosate : après la condamnation de Monsanto, "il faut a minima appliquer le principe de précaution"

Le président de la commission d’investigation "pesticides" au Parlement européen, le député socialiste, Éric Andrieu, espère que la condamnation de Monsanto aux États-Unis "va faire accélérer la prise de conscience et la procédure" quant à l'enjeu des pesticides sur la santé humaine.

Eric Andrieu, député européen PS, président de la commission d’investigation \"Pesticides\" au Parlement européen (2014).
Eric Andrieu, député européen PS, président de la commission d’investigation "Pesticides" au Parlement européen (2014). (LIONEL BONAVENTURE / AFP)
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"Il faut a minima appliquer le principe de précaution" quant à l'utilisation du glyphosate, déclare sur franceinfo lundi 13 août, Éric Andrieu, député européen PS, président de la commission d’investigation "pesticides" au Parlement européen. Monsanto a été condamné par un tribunal californien à payer 289 millions de dollars, l'équivalent de 253 millions d'euros, à un jardinier d'écoles primaires, Dewayne Johnson, atteint d'un cancer incurable. Le géant des pesticides et herbicides, qui produit le Roundup, a été déclaré responsable de sa maladie par un jury populaire.

franceinfo : Que pensez-vous de la décision du tribunal de San Francisco ?

Éric Andrieu : Je salue un jugement historique, mais le gouvernement français aurait pu être plus actif le 27 novembre au début du Conseil européen quand il a fallu interdire le glyphosate. Il aurait suffi qu'il convainque la Lituanie pour que le glyphosate soit interdit au sein du Conseil européen.

Le gouvernement n'en n'a pas fait assez ?

Il y a des moments où il faut prendre des décisions. Là, pour le coup, le 27 novembre la majorité des blocages étaient à 65%, il suffisait qu'un État comme la Lituanie soit convaincue pour que le glyphosate ne soit pas réautorisé. L'Allemagne a changé d'avis au dernier moment et la France aurait dû faire son travail de pays membre leader, parce qu'elle voulait vraiment interdire le glyphosate. Dans tous les cas, interdire le glyphosate dans trois ans, en l'état de la législation française et européenne, semble maintenant difficile.

L'Union européenne a autorisé le glyphosate pour cinq ans de plus. Espérez-vous que le verdict américain va faire bouger les choses ?

Il n'y a pas de possibilité de transfert de jurisprudence, mais lorsqu'on voit le délibéré qui dit que Monsanto a agi avec malveillance, que le Roundup a contribué à la maladie de M. Johnson, j'ose espérer que cela va faire accélérer la prise de conscience et la procédure. Nous devons remettre avec notre commission un rapport au mois de décembre pour pointer les points faibles du protocole d'autorisation des pesticides en Europe. J'ose espérer que le rapport sera conséquent. Nous allons avoir une audition le 24 septembre avec la juridiction californienne, j'espère que l'avocat de M. Johnson sera présent, pour avoir les éléments formels du dossier.

Un jury populaire américain peut-il juger de la dangerosité d'un produit ? Les études divergent sur le caractère cancérogène du glyphosate.

Ce sont surtout les documents internes de la société Monsanto qui ont été analysés. C'est sur ces documents-là qu'il faut que nous regardions de près ce qui a été écrit par les experts de Monsanto. Il y a controverse, donc il faut a minima appliquer le principe de précaution. C'est là-dessus qu'il faut insister et que nos règles internes au niveau européen soient adaptées. Il s'agit de santé humaine et je pense qu'il faut que nous soyons à la hauteur des enjeux qui sont devant nous pour protéger la santé des Européens et faire évoluer le modèle agricole comme il se doit.

Que dites-vous eux agriculteurs qui sont pour le glyphosate ?

Beaucoup ont pris conscience des enjeux. Il faut les accompagner et engager le processus pour tendre vers un autre modèle agricole qui prenne en compte au plus haut point la question d'agronomie et d'économie. Il y a des transitions possibles, il faut que l'aide politique accompagne à la transition des modèles agricoles. On ne peut pas le faire de façon dogmatique ou doctrinale. Il faut enclencher un processus de recherche.