Arrêté anti-pesticides : "Il ne peut pas y avoir autant de décisions qu'il y a de communes en France"

Christian Durlin, vice-président de la Commission environnement de la FNSEA, revient sur la comparution ce jeudi du maire de Langouët, en Ille-et-Vilaine pour avoir pris en mai un arrêté interdisant l'usage de pesticides près des habitations afin de "protéger la santé" de ses administrés.

Un fermier pulvérise un pesticide sur ses plantations à Bailleul, dans le nord de la France, le 15 juin 2015.
Un fermier pulvérise un pesticide sur ses plantations à Bailleul, dans le nord de la France, le 15 juin 2015. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)
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"Il ne peut pas y avoir autant de décisions qu'il y a de communes en France", déclare jeudi 22 août sur franceinfo Christian Durlin, vice-président de la Commission environnement de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles). Le maire de Langouët (Ille-et-Vilaine) comparaît jeudi devant le tribunal administratif de Rennes pour avoir pris en mai un arrêté interdisant l'usage de pesticides près des habitations afin de "protéger la santé" de ses administrés. "La santé de la population [...] c'est pour nous aussi en tant qu'agriculteurs une préoccupation importante", a ajouté Christian Durlin.

franceinfo : N'êtes-vous pas sensible aux arguments du maire de Langouët, aux demandes des habitants de ne plus avoir de pesticides à proximité de leurs habitations ?

Christian Durlin : Ce à quoi on est sensibles, ce sont les préoccupations concernant la santé du citoyen. D'ailleurs la première population concernée par cette question-là c'est quand même les applicateurs, c'est-à-dire les agriculteurs qui utilisent tous les jours les produits phytosanitaires. Pour répondre à cette préoccupation, il faut rappeler qu'on ne part pas de zéro. Au moment des autorisations pour la mise en marché des produits phytosanitaires, il y a un certain de sécurités qui sont vérifiées, en particulier l'impact concernant les opérateurs, mais aussi les résidents, les passants. Il y a un cahier des charges aujourd'hui qui apporte des sécurités. Nous comprenons tout à fait qu'on souhaite toujours plus de sécurité, y compris pour l'agriculteur mais est-ce que cela doit se faire au niveau local, on se pose la question. Parce qu'il ne peut pas y avoir autant de décisions qu'il y a de communes en France. On arrive sur des situations qui sont très compliquées à gérer. Les produits phytosanitaires servent à protéger la culture des maladies, des ravageurs. Si on ne peut plus les utiliser, on ne peut plus protéger les cultures. C'est dans un délai très rapide l'impossibilité de conduire des cultures. Quand on met une distance par rapport aux bordures de parcelles, ça veut dire qu'on retire de la production

Que faire alors pour allier la santé du consommateur, des habitants et des agriculteurs ?

Là-dessus je pense qu'il y a quand mêmes des choses qui avancent, on ne part pas de rien. Il y a la question des autorisations pour la mise sur le marché des produits phytosanitaires, il y a aussi des règles concernant l'utilisation. Par exemple lorsque le vent est plus important, on ne peut pas utiliser de produits phytosanitaires pour éviter les dérives. Et il y a toute une série de précautions qui ont été prises, des arrêtés préfectoraux pour les utilisations à proximité des écoles, des crèches donc les choses progressent. Il y a actuellement des discussions au niveau national pour pouvoir mettre en place des mesures complémentaires. Et au niveau de la profession, nous défendons l'idée de mettre en place des chartes au niveau de chaque département avec la mise en place de moyens complémentaires par rapport à la réglementation actuelle pour encore réduire les risques de dérive et pouvoir à la fois utiliser des produits phytosanitaires nécessaires à la conduite des cultures et apporter des garanties supplémentaires par rapport au voisinage.

Pour le maire de Langouët, cela ne va pas assez vite ?

Je crois que la réglementation avance quand même, si vous regardez comment les choses ont évolué depuis une vingtaine d'années dans ce domaine-là. On ne peut pas dire que ça n'avance pas. Je crois qu'aujourd'hui les choses avancent à un rythme non négligeable. Il y a des décisions qui doivent se prendre dans les semaines qui viennent concernant ces sujets-là. Je crois qu'on aura d'autres dispositions mais ça ne peut pas se faire au niveau de chaque commune, c'est totalement ingérable. Et sur quelle base ? Pourquoi 150m et pas 100m, pourquoi certains produits, pas d'autres. Quelle base scientifique ? Quelle concertation ? Le maire a pris sa décision de manière unilatérale, il n'a pas mesuré les conséquences.

Il a pris sa décision sans concertation mais il est tout de même soutenu par toute sa population ?

Oui, mais qu'est-ce qu'on fait des agriculteurs de la commune ? Si demain on a une stratégie qui vise à réduire fortement la production agricole en France, on fera avec des produits d'importation. Je crois que la vraie politique c'est celle qui intègre les intérêts de tout le monde. Et ça doit intégrer la santé de la population mais on ne peut pas dire aujourd'hui que la santé de la population ne soit pas intégrée. C'est pour nous aussi en tant qu'agriculteurs une préoccupation importante.