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Vidéo Antilles : le poison du chlordécone

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Durée de la vidéo : 4 min.
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FRANCE 3
Article rédigé par
France Télévisions

Le chlordécone, un puissant pesticide, était utilisé aux Antilles jusqu'en 1993. Vingt-trois ans auparavant, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) avait alerté sur sa dangerosité. En Martinique, 9 personnes sur 10 seraient contaminées.

C'est un poison invisible. Le chlordécone qui ronge les Antilles. Ce pesticide est présent dans la terre, l'eau et les corps des Martiniquais. Pendant des années, Juvénal Rémir, un agriculteur, a utilisé le pesticide dans sa bananeraie sans protection. "On n'avait pas de masque, on n'avait pas de gants, pas de lunettes", déplore-t-il. Le produit, toxique, a été interdit partout en France en 1990 sauf aux Antilles. Ici, sous la pression des lobbies bananiers, le chlordécone est utilisé jusqu'en 1993.

Un poison transmis aux jeunes générations

La colère gronde en Martinique, alors que les premiers effets du chlordécone apparaissent sur la santé. Les premières victimes sont les ouvriers agricoles. Il y a un record mondial de cancers de la prostate sur l'île. Mais le perturbateur endocrinien frappe aussi les générations suivantes, notamment les femmes enceintes. "Ce poison, présent dans le sang de la maman, est transféré au bébé pendant qu'il se construit", explique un pédiatre au CHU de Fort-de-France, où l'on observe un fort taux de naissances prématurées, 1,5 fois supérieur à la métropole. "Notre crainte c'est que le chlordécone ait aussi des conséquences sur le développement cérébral", ajoute le médecin. 

Lymphomes, endométriose... Des études tendent à pointer un lien entre ces pathologies qui se développent sur l'île et le chlordécone. L'inquiétude grandit. "Chaque fois que je bois de l'eau du robinet ou que j'achète un légume, je me pose la question, indique une habitante venue se faire dépister dans un laboratoire. Je n'ai que 49 ans, j'espère vivre encore au moins 49 ans..."

Les tests de dosage du chlordécone dans le corps, qui sont envoyés pour analyse en métropole, coûtent 80 euros. Dans quelques mois, ils seront gratuits, après le vote d'un amendement par les députés. Mais leur intérêt est limité : il n'existe pas de traitement spécifique contre les effets du chlordécone, ces prélévements ne servent qu'à une détection. 

La terre malade aussi

Les humains ne sont pas les seuls à être malades. La terre l'est aussi. Pas de lombrics, pas d'animaux dans le sol, témoigne un agriculteur qui a donc abandonné les légumes-racines et s'est tourné vers la culture de fruits, comme le pitaya, dans lesquels on ne trouve pas de traces de chlordécone. 

Aujourd'hui, 92% de la population martiniquaise est contaminée. Et cela devrait durer encore des années. Les scientifiques estiment qu'il faudra plusieurs centaines d'années pour que le produit disparaisse totalement des sols. 

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