#MontéeDesEaux : des chercheurs ont mis au point une simulation en réalité virtuelle pour "rendre les choses concrètes" et alerter les villes côtières

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La salle de réalité virtuelle du Cireve de l'université de Caen (Calvados), le 10 mars 2020. (PIERRE MOREL / FRANCEINFO)

Afin d'informer élus et habitants du littoral des risques combinés de l'érosion et du réchauffement climatique, une équipe de chercheurs de l'université de Caen a mis en images la montée des eaux.

Au bout de la rue, la mer franchit le perré, cette promenade de béton qui protège la ville. La vague dévale les marches, dépasse le casino et s'engouffre dans Etretat (Seine-Maritime). En quelques secondes, l'eau noire nous enveloppe. Elle nous emporterait si nous ne nous trouvions pas dans une simulation projetée en réalité virtuelle dans la salle du Cireve de l'université de Caen-Normandie. "Avec cette vitesse d'écoulement et cette hauteur d'eau, personne ne pourrait rester debout", explique le géographe Stéphane Costa, l'un des scientifiques à l'origine du projet.

>> Cet article fait partie de l'opération spéciale #MontéeDesEaux lancée par franceinfo à l'occasion de la COP26.

A l'image, cette violence n'est pas simulée comme elle pourrait l'être au cinéma : les chaises du restaurant et l'échafaudage ne sont pas projetés dans notre direction par la vague. "Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que nous ne faisons pas un film catastrophe. Nous mettons en images un résultat scientifique", justifie Sophie Madeleine, directrice adjointe du Cireve. L'équipe de Stéphane Costa a calculé ce que donnerait la tempête de février 1990 sur le littoral normand, avec un mètre supplémentaire de niveau marin. Une montée des eaux sous l'effet du réchauffement climatique vers laquelle nous dirigent nos émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2100.

#MontéeDesEaux : à l'université de Caen, une simulation en réalité virtuelle pour "rendre les choses concrètes"

Un travail scientifique rigoureux

Plusieurs villes, comme Etretat ou Quiberville (Seine-Maritime), ont le droit à leur minute trente de simulation. Derrière chaque vidéo, "il y a des recherches historiques, nous avons travaillé avec des archives, des témoignages. Il y a ensuite des modèles mathématiques pour calculer la visualisation", détaille Stéphane Costa. Le projet, financé par la région Normandie et la Fondation de France, nécessite d'importants moyens : la salle, qui est utilisée également par les historiens et les médecins, a coûté 3 millions d'euros. Produire une visualisation prend environ quatre mois de calculs.

L'objectif est simple : sensibiliser les élus du littoral au futur de leurs villes. "Les cartes d'aléas qu'on leur présentait ne fonctionnaient pas, il fallait trouver une solution, retrace le géographe, également président du conseil scientifique de la stratégie nationale de gestion du trait de côte. Là, ils ressentent vraiment ces phénomènes."

La ville et les falaises d'Etretat (Seine-Maritime), le 30 janvier 2021. (PIERRE MOREL / FRANCEINFO)

"C'est assez impressionnant"

Ce ne sont pas les élus d'Etretat qui diront le contraire. Lors d'un déplacement sur le terrain le 26 novembre, Stéphane Costa et Sophie Madeleine ont pu faire vivre cette expérience, grâce à un casque et un ordinateur, à cinq élus de la commune. "Voir cette vidéo, cela rend les choses concrètes", témoigne Clarisse Coufourier, conseillère municipale. "C'est à diffuser au grand public et à nos administrés", estime le premier adjoint, Bernard Le Damany. "C'est assez impressionnant, confirme le nouveau maire, André Baillard. En tant qu'élu, il faut réagir, mais dans quel sens ?"

La plage d'Etretat (Seine-Maritime) a perdu des galets et de la hauteur ces dernières années, sous l'effet de l'érosion. (PIERRE MOREL / FRANCEINFO)

Ces visites sont aussi l'occasion d'échanger sur les solutions à mettre en œuvre. Stéphane Costa plaide, comme l'Etat, pour des solutions souples, pouvant aller jusqu'à la relocalisation des activités. "Lutter contre la nature en mettant des digues, c'est peut-être illusoire et cela coûte cher. Il y a des endroits où on peut mettre des ouvrages de défense, mais ces ouvrages, il faut les mettre avec une logique claire, celle de se donner du temps pour organiser le littoral pour 2100", explique-t-il aux élus.

Une adaptation par étapes

En face, ces derniers encaissent. "Si je vous comprends bien, rehausser une partie de la promenade comme on l'envisageait, ce serait juste un pansement, analyse Joël Jacob, adjoint à la sécurité. Il y a un gros travail à faire avec la population… Est-ce que cela voudrait dire raser toutes les maisons ?". Stéphane Costa tente de le rassurer. "Avant de se dire : 'On fait partir tout le monde', il y a des étapes. Cela peut être de se dire que le rez-de-chaussée, on ne l'habitera plus comme aujourd'hui", temporise le géographe, en reconnaissant qu'"on ne va pas basculer de la situation de 2020 à celle de 2100 d'un coup". A ses côtés, Sophie Madeleine insiste sur la nécessité de partager l'information : "Le 'on ne savait pas', c'est la chose qui nous blesse le plus. C'est pour éviter ça qu'on fait tout ce travail."

Cédric, un habitant d'Etretat (Seine-Maritime), sur le pas de sa porte, le 30 janvier 2021. (PIERRE MOREL / FRANCEINFO)

Au cours de notre visite à Etretat, nous avons pu montrer un extrait de la simulation à Cédric, un habitant de la rue Prosper-Brindejont, la deuxième artère de la ville modélisée par le Cireve. "C'est impressionnant, surtout la vitesse à laquelle l'eau arrive", réagit le métallurgiste de 46 ans, manifestement frappé par ces images de la vague qui envahit sa rue.

Simulation de la montée des eaux à Etretat

Dans l'immédiat, ce père de famille se sent protégé par les trois marches qui surélèvent le rez-de-chaussée de la maison. A terme, "cela peut être un problème", reconnaît-il. Locataire, il est tout à fait prêt à évacuer les lieux s'il le faut et se dit ouvert à la création d'une zone tampon sur le littoral. "Soit on protège, soit on évacue. Je suis plutôt pour l'évacuation, explique-t-il. On cherche toujours à contrer la nature, mais ce n'est pas viable. On veut trop bétonner. A un moment donné, il va falloir réfléchir à tout ça."

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