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Le PS a dénoncé mardi le rapport de l'Autorité de sûreté nucléaire sur Fessenheim et demandé un "audit indépendant"

Il "n'apporte aucune réponse aux questions posées", selon Laurence Rossignol, secrétaire nationale à l'Environnement et au Développement durable.L'Autorité de sûreté nucléaire a annoncé lundi, sous forme d'"avis" au gouvernement, que l'exploitation du réacteur N°1 à Fessenheim pouvait continuer pour 10 ans de plus sous réserve de faire des travaux.
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La centrale nucléaire de Fessenheim, le 14 mars 2011. (AFP/FREDERICK FLORIN)

Il "n'apporte aucune réponse aux questions posées", selon Laurence Rossignol, secrétaire nationale à l'Environnement et au Développement durable.

L' Autorité de sûreté nucléaire a annoncé lundi, sous forme d'"avis" au gouvernement, que l'exploitation du réacteur N°1 à Fessenheim pouvait continuer pour 10 ans de plus sous réserve de faire des travaux.

Pour Laurence Rossignol, "L' Autorité de sûreté nucléaire (ASN) autorise la prolongation pour 10 ans, mais demande des travaux en contrepartie. C'est donc que des risques existent". "Pire, (son) président reconnaît lui-même que l'avis de son organisme pourrait être remis en cause par les résultats des tests de résistance demandés après la catastrophe de Fukushima. Quelle valeur accorder à son rapport ? Enfin, pour rajouter encore à la confusion, la ministre de l'Ecologie (Nathalie Kosciusko-Morizet, NDLR) a expliqué que cet avis ne valait pas prolongation".

"Le Parti socialiste demande une totale transparence et un audit véritablement indépendant, qui ne se contente pas d'évaluer l'état de la centrale elle-même mais prenne aussi en compte les facteurs extérieurs", indique-t-elle, rappelant notamment que la centrale est située "sur une faille sismique".

Le rapport de l'ASN
Le réacteur N°1 de Fessenheim "est apte à être exploité pour une durée de dix années supplémentaires à condition de respecter un certain nombre de prescriptions", avait déclaré le président de l'ASN, André-Claude Lacoste, lors d'une conférence de presse à Paris lundi. Parmi ces prescriptions techniques, figure le renforcement, avant le 30 juin 2013, du radier, la dalle de béton sur laquelle a été construit le réacteur.

L'ASN devait dans un premier temps rendre son avis sur la poursuite d'exploitation courant avril mais, en raison notamment de la catastrophe de Fukushima, les délais ont été plus importants que prévu.

La centrale de Fessenheim, doyenne des installations en activité en France et à ce titre particulièrement décriée par les écologistes, est en service depuis 1977. Cette centrale exploitée par EDF compte deux réacteurs nucléaires d'une puissance de 900 mégawatts chacun.

Pour la ministre de l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, toutefois, cet avis "ne vaut pas prolongation". Elle a indiqué récemment qu'"aucune décision définitive" ne serait prise sur une éventuelle prolongation de Fessenheim avant l'audit ordonné par la France sur l'ensemble des installations nucléaires à la suite de l'accident de Fukushima, au Japon, "c'est-à-dire avant la mi-novembre".

Le réacteur N°1 a fait l'objet de sa troisième visite décennale entre le 17 octobre 2009 et le 24 mars 2010. Celle du réacteur N°2 est en cours.

Le ministère de l'Energie a assuré de son côté que l'exploitation future du réacteur numéro 1 de la centrale nucléaire de Fessenheim "se fera dans des conditions de sûreté améliorées".

Déception chez les anti-nucléaire
Les militants anti-nucléaires alsaciens ont accueilli avec déception et ironie l'avis rendu par l'Autorité de sûreté nucléaire.

"C'est incohérent. Elle est sûre ou elle n'est pas sûre cette centrale ? C'est quoi cette histoire ?" s'est emporté Jean-Marie Brom, physicien au CNRS. Le porte-parole du réseau Sortir du nucléaire a lancé: "Ce qui est extraordinaire, c'est qu'on nous dit que des travaux sont nécessaires, mais en attendant la centrale a quand le même droit de continuer pendant deux ans. C'est comme si votre médecin vous disait: 'Vous avez un cancer du poumon, vous devriez songer à arrêter de fumer, mais vous pouvez encore acheter des cigarettes pendant deux ans'".

Pour M. Brom, l'avis de l'ASN doit être analysé de manière "politique": "Ce qui se profile, c'est la fermeture de Fessenheim au prétexte que les travaux seraient trop coûteux à mettre en oeuvre. Fessenheim pourra alors être donnée en pâture à l'opinion pour mieux maintenir le reste du parc nucléaire", affirme-t-il.

L'avocate Corinne Lepage, qui mène le combat judiciaire pour la fermeture de Fessenheim au nom de l'Association trinationale de protection nucléaire - rassemblant des associations écologistes et des collectivités locales de France, d'Allemagne et de Suisse -, a fustigé une "politique de gribouille". "C'est du grand n'importe quoi, et de plus c'est une insulte à tous nos voisins européens", a dit l'ancienne ministre de l'Environnement et actuelle eurodéputée centriste. "On se demande ce qu'ils ont à cacher pour donner un feu vert aussi rapide", a-t-elle ajouté.

Réactions des écologistes
Cécile Duflot, secrétaire nationale d'EELV: "Les autorités continuent à rester aveugles au risque que fait courir Fessenheim à la population. Cette obstination est d'autant plus surprenante que les voisins Suisses et Allemands ont pris la mesure du risque nucléaire". "Après la relance de l'EPR, le moratoire sur le solaire, les obstacles à l'éolien, la France s'enfonce dans une politique du tout-nucléaire aussi dépassée que dangereuse. Le gouvernement doit prendre la décision de fermer Fessenheim!"

Eva Joly, candidate à la primaire d'EELV, et Yannick Jadot, eurodéputé EELV: "L'arrogance nucléaire française se poursuit". En utilisant ses propres critères, l'ASN préfère choisir le moins-disant sécuritaire. Nous critiquions déjà la rigueur des tests de résistance européns, ne prenant pas en compte les risques liés aux attaques terroristes, et les chutes d'avion... mais l'ASN n'a de toute façon pas attendu leur mise en place pour tirer ses propres conclusions. Il faut prendre maintenant la décision de sortir du nucléaire, qui présente un risque inacceptable. Un risque qu'il convient de minimiser pendant la durée de vie des centrales".

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