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La France s'est prononcée mercredi pour l'interdiction du commerce international du thon rouge avec un délai de 18 mois

"Paris propose un moratoire (de l'interdiction) sous réserve du rapport prévu en septembre sur la situation des stocks de thon rouge. Il débuterait le 25 mars après la réunion de Doha et se déroulerait pendant 18 mois au plus", selon un conseiller du gouvernement.Les pêcheurs français désapprouvent l'interdiction du commerce du thon rouge.
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Cage à thons. (AFP/Greenpeace/GAVIN NEWMAN)

"Paris propose un moratoire (de l'interdiction) sous réserve du rapport prévu en septembre sur la situation des stocks de thon rouge. Il débuterait le 25 mars après la réunion de Doha et se déroulerait pendant 18 mois au plus", selon un conseiller du gouvernement.

Les pêcheurs français désapprouvent l'interdiction du commerce du thon rouge.

La position de Paris est déterminante pour la ligne suivie par l'UE. La décision a été arbitrée tard mardi soir, le dossier faisant l'objet de divergences entre le ministre de l'Ecologie Jean-Louis Borloo, favorable à l'interdiction totale, et le ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire, partisan d'une mesure moins radicale.

(Voir aussi notre dossier sur la )

Le ministre français de la Pêche Bruno Le Maire plaidait plutôt pour une inscription du thon rouge à l'annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction, qui concerne les espèces dont la survie pourrait être menacée à l'avenir. Le gouvernement a au final décidé de protéger l'espèce en l'inscrivant à l'annexe I de la Convention internationale sur les espèces sauvages donc, à terme, d'interdire sa commercialisation internationale.

"Ce délai de 18 mois a été arrêté pour permettre de nouvelles expertises scientifiques et peaufiner un plan de sortie des flottes" de thoniers, afin de réduire les capacités de pêche, selon une source gouvernementale.

Les pêcheurs hostiles à l'interdiction du commerce du thon rouge
Le Comité National des Pêches Maritimes et des Elevages Marins (CNPMEM), qui regroupe l'ensemble des professionnels de la pêche en France, a "désapprouvé" mercredi le projet d'interdiction du commerce international du thon rouge, à laquelle la France s'est déclarée favorable. Le président du Comité, Pierre-Georges Dachicourt, a qualifié d'"annonce catastrophique" la prise de position du gouvernement en faveur de l'interdiction du commerce international du thon rouge, avec un délai de mise en oeuvre de 18 mois. "Le thon rouge est symbolique", a-t-il estimé lors d'une conférence de presse. "On veut faire passer à la trappe toute cette pêche en général."

Le président du Syndicat des thoniers méditerranéens, Mourad Kahoul, a réclamé à Paris "une réunion d'urgence" avec le président de la République, peu avant l'annonce officielle par la France de sa position sur le commerce du thon rouge. "On va vers une grosse crise. Je demande une réunion d'urgence avec le président de la République", a-t-il déclaré à des journalistes, après un entretien au ministère de l'Agriculture. "Je lui demande de se rapprocher des scientifiques", a-t-il ajouté.

"Si on va à l'annexe 1, les pêcheurs ne se laisseront pas mourir", a averti Mourad Kahoul. "Chacun prendra ses responsabilités", a-t-il lancé, refusant toutefois de se prononcer sur un éventuel blocage des ports, avant que les pêcheurs se soient concertés.

Les volumes des captures, selon l'Ifremer (Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer), excèdent largement les taux autorisés et le potentiel de reproduction du stock. Le stock de thon rouge a baissé en Méditerranée de 74,2% de 1957 à 2007 -dont 60,9% au cours des dix dernières années. Dans l'ouest de l'Atlantique, ils ont même plongé de 82,4% de 1970 à 2007, selon la principauté de Monaco qui a déjà réclamé une protection internationale de l'espèce.

Les regards rivés sur la France
L'Italie s'était déjà engagée à soutenir cette proposition mais la France tardait à s'exprimer. "Tout le monde en Europe attend de savoir ce que (la France) va décider", avait rappelé le week-end du 30-31 janvier le prince Albert de Monaco, très impliqué sur ce dossier. Soulignant que le seul moyen de reconstituer les stocks de cette espèce était de la "laisser tranquille pendant deux ou trois ans", il a appelé Paris à faire preuve de "vision à long terme" en dépit des pressions des pêcheurs.

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