Kilos de plastiques dans le ventre d'une baleine : un phénomène "pas nouveau mais qui se généralise de plus en plus"

Six kilos de plastiques ont été retrouvés dans le ventre d'une baleine morte, échouée en Indonésie mardi 20 novembre. Un phénomène "rare, mais pas nouveau" pour les cétacés, a affirmé sur franceinfo l'océanographe François Galgani.

Une baleine morte s\'est échouée dans le sud-est de l\'Indonésie le 20 novembre 2018. Dans son ventre, six kilos de plastique ont été retrouvés.
Une baleine morte s'est échouée dans le sud-est de l'Indonésie le 20 novembre 2018. Dans son ventre, six kilos de plastique ont été retrouvés. (GOH / AFP)
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Six kilos de plastiques ont été retrouvés dans l'estomac d'une baleine morte, échouée dans le sud-est de l'Indonésie mardi 20 novembre. Le cétacé de neuf mètres de long a gobé 115 gobelets, quatre bouteilles, ou encore deux tongs : des déchets jetés en mer. "On a des régions, en Méditerranée ou dans l'Océan Indien, où 80 à 100% des tortues ont des plastiques dans l'estomac", a réagi sur franceinfo ce mercredi François Galgani, océanographe biologiste, chercheur à l'IFREMER et spécialiste en sciences de l'environnement.

franceinfo : C'est quelque chose qui ne vous surprend pas ?

François Galgani : Il y a certains cétacés qui sont susceptibles d'ingérer des déchets. En général, c'est connu pour les tortues marines qui sont très sensibles, ou pour certains oiseaux. Mais pour les cétacés, et surtout pour les grands plongeurs, c'est assez rare. Ils ont tendance à gratter le fond pour se nourrir et lorsqu'ils tombent sur des fonds, dans des pays où il y a beaucoup de déchets sur les fonds, à ce moment-là, ils sont susceptibles de les ingérer massivement. En fait, la nature des dangers ingérés dans ce cas-là, typiquement, ce sont des objets que l'on retrouve amassés sur les fonds côtiers, ce qui pourrait expliquer ce phénomène qui n'est pas nouveau, malheureusement, mais qui est quand même assez rare.

Est-ce le cas le plus révélateur de la présence des plastiques dans les fonds marins ?

Dans le cas des oiseaux de la mer du Nord par exemple, on retrouve en moyenne, à peu près, 0,5 grammes de déchets [dans leur organisme]. Si on l'extrapole à l'Homme, on aurait l'équivalent, en moyenne, de 50 grammes de déchets dans l'estomac, et bien entendu, on aurait pris des mesures depuis très, très longtemps. En fait, dans le cas des espèces marines, ce sont des phénomènes qui sont assez communs. Parfois, c'est spectaculaire, avec des conséquences, comme des occlusions et de la mortalité, par exemple, et même des cancers. Ce qui est sûr, c'est que ça se généralise de plus en plus. On a des régions, la Méditerranée ou l'Océan Indien, où 80 à 100% des tortues ont des plastiques dans l'estomac. On retrouve dans certaines régions côtières beaucoup plus que ce que l'on trouve dans les zones océaniques, notamment en Indonésie, dans le sud-est de l'Asie en général, comme en Méditerranée : ce sont les deux zones les plus affectées. Ce sont des régions dans lesquelles on est susceptible de trouver le plus fréquemment ce type d'incident.

La mort de cette baleine peut-être directement liée à l'ingestion de ces matières ?

C'est difficile à apprécier pour les vétérinaires qui font des diagnostics. Il y a des cas évidents, par exemple d'occlusions intestinales, où on sait que ce sont vraiment les déchets qui sont responsables de la mortalité, mais ce n'est pas dans tous les cas. Ce qui se passe souvent, c'est qu'il y a un affaiblissement de la physiologie des organismes, parce qu'il y a des obstructions, c'est long, et ils sont tellement affaiblis qu'ils ont des comportements qui sont parfois erratiques et à ce moment-là ils sont plus exposés à d'autres causes de mortalité. En tout cas, il y a toujours trop de déchets. Il y a certaines espèces de baleines dont les populations ont augmenté ces dernières années. Beaucoup de mesures ont été prises, des pratiques ont changé également. C'est peut-être mieux connu, les gens sont mieux informés. Malgré tout, il y a quand même certaines espèces qui sont en danger. Il ne faudrait pas que les espèces les plus rares soient les plus touchées.