Déchets nucléaires à Bure : le procès d'un agriculteur pour avoir prêté son tracteur à des zadistes a été reporté

Le procès de l'agriculteur de la Meuse poursuivi pour avoir prêté son tracteur à des militants antinucléaires, afin qu'ils s'installent sur un terrain destiné au projet Cigéo, a été reporté au 12 septembre, a appris franceinfo. Jean-Pierre Simon devait être jugé mardi par le tribunal correctionnel de Bar-le-Duc.

Jean-Pierre Simon, céréalier dans la Meuse, est accusé d’avoir aidé l\'installation des zadistes sur un terrain destiné au projet de stockage des déchets nucléaires Cigéo, près de Bure.
Jean-Pierre Simon, céréalier dans la Meuse, est accusé d’avoir aidé l'installation des zadistes sur un terrain destiné au projet de stockage des déchets nucléaires Cigéo, près de Bure. (ANNE-LAURE BARRAL / RADIO FRANCE)
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Jean-Pierre Simon, céréalier dans la Meuse, qui devait être jugé mardi 2 mai par le tribunal correctionnel de Bar-le-Duc, sera finalement convoqué le 12 septembre prochain, a appris franceinfo. L'agriculteur est accusé d’avoir aidé l'installation des zadistes sur un terrain destiné au projet de stockage des déchets nucléaires Cigéo qui prend forme près de Bure. 

Le reportage d'Anne-Laure Barral
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Jean-Pierre Simon n'est pas vraiment ravi de savoir que d'ici 25 ans les déchets nucléaires français les plus dangereux seront peut-être entreposés à 500 mètres sous terre, non loin de ses champs de colza ou de blé. C'est pourquoi ce militant de la confédération paysanne a participé en juin dernier à un pique-nique citoyen. Il y emmène son tracteur et sa bétaillère pour au départ, explique-t-il, aider à "la logistique" de la manifestation. 

Je ne pensais pas être le seul en cause, le seul accusé dans cette occupationJean-Pierre Simon, céréalier dans la Meuse à franceinfo

Sauf qu’une dizaine de militants s'installent, occupent illégalement le terrain, construisent des cabanes et pour ça Jean-Pierre Simon leur laisse son tracteur. "Un jour, il y a eu une expulsion. Un porte-charge est venu et a emmené le tracteur et la bétaillère à la fourrière", raconte Jean-Pierre Simon, aujourd'hui toujours privé de son outil de travail, qui estime que "c’était aussi une façon de dissuader les autres agriculteurs de se mobiliser".

Un projet tentaculaire

Pour Thierry Jacquot, responsable de la confédération paysanne dans le Grand Est, ce projet participe à l'accaparement des terres dont sont victimes les agriculteurs. 

C’était 300 hectares au début mais là ils en sont à 3 000 ! Ils ont fait monter les prix des terrains agricolesThierry Jacquot, responsable Confédération paysanne dans le Grand Està franceinfo

"Le problème c’est aussi pour l’installation et la transmission des fermes. Quelle image vont avoir les produits agricoles du secteur ?", s’inquiète Thierry Jacquot. Et il n'est pas le seul. Cela fait longtemps que le réseau Sortir du nucléaire s'oppose au projet Cigéo. "Il ne faut pas oublier qu'il y a eu des mobilisations, des pétitions, des demandes de référendum dès le début du projet mais il n'en n'a pas été tenu compte", rappelle Charlotte Mijeon, l'une de ses porte-paroles.

Des opposants au projet Cigéo d\'enfouissement des déchets nucléaires à Bure (Meuse), manifestent ci-contre le 21 juin 2016. Jean-Pierre Simon, agriculteur à Cirfontaines, sera jugé pour avoir soutenu l’occupation du Bois Lejuc en mettant à disposition son tracteur et sa bétaillère.
Des opposants au projet Cigéo d'enfouissement des déchets nucléaires à Bure (Meuse), manifestent ci-contre le 21 juin 2016. Jean-Pierre Simon, agriculteur à Cirfontaines, sera jugé pour avoir soutenu l’occupation du Bois Lejuc en mettant à disposition son tracteur et sa bétaillère. (JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)

L'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) devra déposer son dossier d'autorisation de construction l'an prochain avant d'obtenir un éventuel feu vert de l'autorité de sûreté nucléaire et du gouvernement. Il reste donc des étapes avant la mise en service du site. D'ici là, Jean-Pierre Simon espère récupérer son tracteur et sa bétaillère... Il risque 5 000 à 10 000 euros d'amende et de la prison avec sursis.