Inondations : comment les Pays-Bas ont réussi à se protéger des crues, malgré une délicate situation géographique et hydrométrique

Alors que le nord de la France a subi deux importantes inondations en quelques mois, les Pays-Bas, dont une partie du territoire se trouve en dessous du niveau de la mer, ont appris à gérer ces crues depuis des siècles.
Article rédigé par Thomas Pontillon
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
La montée des eaux sous surveillance dans la province de Friesland, dans le nord des Pays-Bas, le 4 janvier 2024 (JILMER POSTMA / ANP)

En attendant que la décrue s'achève dans le nord de la France, des élus réfléchissent déjà au futur. Par exemple, le maire de Saint-Omer a été missionné en novembre dernier par Emmanuel Macron pour trouver des solutions pour améliorer les systèmes d’évacuation d’eau. Le maire veut notamment "regarder ce qui a été fait ailleurs", a-t-il confié à France 3 Nord, en évoquant notamment les Pays-Bas, dont le territoire a réussi à se protéger des eaux.  

Une expertise de plusieurs siècles

La tâche n'était pourtant pas évidente pour les Pays-Bas puisqu'un quart du pays se situe en dessous du niveau de la mer, sans compter les nombreuses rivières et canaux qui traversent le pays et aussi un grand fleuve européen, le Rhin, qui finit par se jeter dans la mer dans la région de Rotterdam. Aux Pays-Bas, le risque d'inondations et de crues peut venir d'un peu partout, il faut donc sécuriser la population, dont la moitié vit en zone inondable. 

Les Néerlandais luttent contre cette menace principalement en construisant des digues. Ils en ont toujours construit, dès l'an 1 000 pour les premières, mais c'est dans les années 1950 que le pays a nettement accéléré. En 1953, des dizaines de digues ont cédé lors d'une tempête, créant un raz-de-marée qui a couté la vie à près de 2 000 personnes. L'année suivante, les Pays-Bas lancent un très vaste chantier : le plan delta. Il s'agit du plus grand ouvrage de défense contre les eaux au monde, dont la construction durera 30 ans, avec des digues plus hautes et plus résistantes. 

Des ouvrages remarquables 

Aujourd'hui, il y a dans le pays plus de 20 000 km de digues, de dunes et de barrages. Certaines installations sont très impressionnantes. Par exemple, la plus grosse digue mesure 32 km de long, 90 mètres de large et 7 mètres de hauteur. Il y a aussi le Maeslantkering, que l'on voit dans la vidéo ci-dessous. Il s'agit de deux barrières en métal de 210 mètres de largeur, chacune se fermant automatiquement lorsque le niveau de l'eau monte à plus de trois mètres près de Rotterdam.

Ces installations, impressionnantes pour certaines, sont même mises en avant sur les sites touristiques des Pays-Bas. 

Ces installations ont un coût important : 30 milliards d'euros d'ici 2050 notamment pour entretenir les digues et anticiper aussi le réchauffement climatique, particulièrement craint aux Pays-Bas où la mer pourrait monter encore d'un mètre d'ici la fin du siècle. 

D'ailleurs, la stratégie hollandaise continue d'évoluer. Depuis le milieu des années 2000, le pays laisse déborder par endroit ses cours d'eau. C'est le programme "de la place pour les rivières", dont le principe est assez simple : laisser des champs entiers être inondés très en amont pour baisser le niveau de l'eau, en aval, au niveau de la digue. Ce projet a couté plus de deux milliards d'euros

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