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Carte Voici les 50 sites industriels qui concentrent à eux seuls 10% des émissions de CO2 en France

Le réseau Action Climat déplore dans un rapport publié lundi le "manque d'efforts" des industriels, malgré les milliards d'euros d'aides publiques accordées.
Article rédigé par Etienne Monin, Maxime Glorieux
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Selon Réseau Action Climat, le site industriel le plus émetteur de CO2 est le site ArcelorMittal à Fos-sur-Mer, ici en février 2023. (VALERIE VREL / MAXPPP)

Au Havre, le leader de la production d'engrais Yara s'est engagé à réduire ses émissions de 45% d'ici 2030. Pourtant, depuis 2013, ces émissions stagnent avec un pic à plus 36% entre 2019 et 2022. Cette usine figure à la septième place du classement des 50 sites industriels les plus émetteurs en France en 2022, selon un rapport de Réseau Action Climat publié lundi 26 juin. La plupart de ces sites se concentrent dans les bassins industriels de Dunkerque, Fos-sur-Mer, Le Havre et du Grand Est.

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Pour l'ONG, le fond du problème réside dans le fait que Yara fait partie des entreprises éligibles aux nombreux dispositifs de soutien. Car le Réseau Action Climat estime qu’entre les quotas de carbone gratuits, entre les plans nationaux et européens, les industries en France profitent de plusieurs dizaines de milliards d’euros de soutien à la décarbonation, avec dans les faits, une réduction quasi-stagnante.

En novembre dernier, Emmanuel Macron avait proposé un pacte de décarbonation aux industriels les plus émetteurs de CO2 en France avec un doublement de l'aide publique à 10 milliards d'euros en échange d'un doublement de leur effort en la matière. Ciment, aluminium, acier, engrais, sucre ou carburants : les dirigeants des 50 sites industriels français les plus émetteurs de CO2 avaient été reçus dans la salle des fêtes de l'Elysée.

Les deux sites industriels qui émettent le plus sont détenus par le leader de l'acier en France, ArcelorMittal à Dunkerque et à Fos-sur-Mer. À eux deux, ils représentent 25% des émissions de gaz à effet de serre de l’industrie française. ArcelorMittal s'est engagé à la neutralité carbone d'ici 2050, avec le remplacement de hauts fourneaux et la construction à Dunkerque d’une usine à réduction directe du minerai de fer, où le charbon sera remplacé par de l’hydrogène. Mais selon Réseau Action Climat, ces efforts et la diminution observée des émissions est le résultat de la crise économique de 2008 et de la crise du Covid, et non "de réels efforts de transformation".

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Réseau Action Climat pointe également un nouveau frein à la transformation durable de l'industrie française, avec le développement des technologies "vertes", comme le captage et le stockage du carbone (CSC), présenté par certains comme une solution dans la lutte contre le réchauffement climatique. L'objectif est de capturer le dioxyde de carbone et de l'enfouir sous terre. L'ONG alerte sur le fait que la technologie du CSC coûte cher, "n'implique pas de réduction des émissions à la source et donc de réelle remise en cause du système productif actuel" et "présentera un risque potentiel de fuites". "Le CSC doit être considéré par les industriels comme un ultime recours visant à traiter les émissions résiduelles incompressibles et ne doit pas retarder la transformation profonde de l’industrie", poursuit l'ONG.

Les sites industriels les plus émetteurs doivent donc donner davantage de contreparties en échange de l’aide publique accordée selon Réseau Action Climat. Alors que le conseil de planification écologique doit présenter la nouvelle trajectoire de réduction de gaz à effet de serre en France au début du mois de juillet, le gouvernement envisage de donner encore cinq milliards d’euros pour accompagner ces 50 sites industriels les plus polluants. En France, l’industrie représente 20% des émissions nationales.

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