COP26 : "On n'est pas au niveau de l'ambition nécessaire", s'alarme Laurence Tubiana, directrice de la Fondation européenne pour le climat

Pour Laurence Tubiana, si de bonnes annonces ont déjà été faites, la contribution de plusieurs pays, dont le Brésil, est loin d'être suffisante.

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Radio France
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Laurence Tubiana, directrice de la Fondation Européenne pour le Climat sur franceinfo le vendredi 11 décembre 2020. Photo d'illustration. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Laurence Tubiana, directrice de la Fondation européenne pour le climat, architecte de l'accord de Paris en 2015, estime vendredi 12 novembre sur franceinfo qu'"il y a encore plein de pays qui doivent faire des efforts". La COP 26, la conférence sur le climat à Glasgow en Écosse, se termine officiellement vendredi 12 novembre au soir. Près de 200 pays participants vont essayer de se mettre d'accord sur une déclaration finale avec comme enjeu limiter la hausse des températures mondiales à 1,5 degré d'ici la fin du siècle. "On n'est pas au niveau de l'ambition nécessaire", a-t-elle souligné.

franceinfo : Quel bilan tirez-vous de cette COP26 ?

Laurence Tubiana : On a eu une très bonne annonce de relèvement du plan climat de l'Afrique du Sud, qui est un gros émetteur. Peut-être moins précis, mais très important aussi, celui de l'Inde. Et il y a plusieurs pays qui ont effectivement relancé leur machine, qui avait été au fond mis en sommeil par les quatre ans d'absence des Etats-Unis et la crise du Covid-19. En revanche, et c'est pour cela qu'on est encore loin de l'objectif, il y a beaucoup de pays, pratiquement 12 pays du G20, qui n'ont pas encore relevé leurs contributions, leur plan climat d'ici 2030. C'est le cas de l'Australie. La contribution du Brésil, évidemment, n'est pas du tout encore à la hauteur. Il y a plein de pays qui doivent faire des efforts. Ce qu'il faut obtenir à Glasgow, c'est pour ceux qui, pour différentes raisons ne l'ont pas fait en 2021, reviennent en 2022, cette fois-ci, avec leur copie complète. Beaucoup de pays très nombreux, plus de 130, se sont engagés à réduire à presque zéro leurs émissions à la moitié du siècle. C'est évidemment très important pour que les températures soient maintenues. Ces plans sont des engagements et c'est très bien, mais il manque des plans pour dire comment va y arriver.

Quels sont les objectifs pour la prochaine Conférence pour le climat ?

Il faut qu'au rendez-vous de l'année prochaine, tout le monde y soit, c'est à dire revienne avec des choses nouvelles parce que, encore une fois, on n'y est pas. On n'est pas au niveau de l'ambition nécessaire. D'autre part, il y a beaucoup d'autres questions à régler, notamment sur l'ambition, mais aussi sur les financements. On a toujours ce manque de financement sur les 100 milliards promis déjà à Copenhague en 2009, sur lequel on est encore en retard pour les pays en développement. Et puis, on se rend compte que ces fonds doivent aussi générer beaucoup d'investissements pour la transition verte dans les pays en développement. La mobilisation des capitaux privés, il faut le faire dans de bonnes conditions parce que tous ces pays, la plupart d'entre eux, n'ont pas accès aux marchés des capitaux à des taux raisonnables. Depuis l'accord de Paris, les événements extrêmes se sont multipliés et donc les dommages, les impacts sur les pays les plus exposés sont maintenant économiquement et humainement déjà très coûteux. Donc, il faut qu'on traite ce problème. On ne peut pas ignorer qu'au fond, notre responsabilité collective est en train aujourd'hui de ruiner des économies. C'est le cas évidemment des petites îles des Caraïbes et du Pacifique.

On a quand même l'impression que 6 ans après l'accord de Paris, il n'y a pas d'engagement concret...

Il y a des choses qui se passent. Dans tous les secteurs, des choses sont en train de se passer. On le voit dans l'électrification du transport, qui est maintenant très proche du point de vue de son déploiement à très grande échelle. On le voit y compris dans l'industrie qui aujourd'hui a vraiment des technologies disponibles, donc il faut maintenant les déployer. On le voit sur les investissements considérables dans les énergies renouvelables qui maintenant font l'essentiel des nouveaux investissements. Donc, il y a des bons signes. Simplement, on a pris tellement de retard dans les 15 dernières années que cet effet boule de neige, il est lent à se générer.

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