Le monde s'éloigne toujours plus de son objectif de maîtrise du réchauffement climatique, alerte l'ONU

"L'écart [entre le niveau actuel des émissions de gaz à effet de serre et le niveau nécessaire] est plus grand que jamais", alerte Philip Drost, du Programme des Nations unies pour l'environnement. 

Un jeune homme près du lac Chilwa, le deuxième plus grand du Malawi, le 19 octobre 2018. Le lac connaît des sécheresses fréquentes. 
Un jeune homme près du lac Chilwa, le deuxième plus grand du Malawi, le 19 octobre 2018. Le lac connaît des sécheresses fréquentes.  (AMOS GUMULIRA / AFP)
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Trois ans après l'accord de Paris sur le climat, l'ONU tire une nouvelle fois la sonnette d'alarme. Le monde s'éloigne de plus en plus de son objectif de maîtrise du réchauffement climatique, avec un fossé grandissant entre les émissions de gaz à effet de serre et l'ambition de l'accord de Paris, alertent les Nations unies dans un rapport annuel sévère, publié mardi 27 novembre. 

"C'est la nouvelle la plus alarmante : l'écart (entre le niveau actuel des émissions de gaz à effet de serre et le niveau nécessaire) est plus grand que jamais", alerte auprès de l'AFP Philip Drost, qui a coordonné le rapport du programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). 

Les émissions de gaz à effet de serre sont reparties à la hausse en 2017, après trois ans de relative stabilité. L'année 2018 devrait connaître la même tendance, avec une augmentation attendue des émissions du secteur de l'énergie, a déjà prévenu l'Agence internationale de l'énergie. L'an dernier, les émissions ont atteint un niveau historique, à 53,5 gigatonnes (Gt) équivalent CO2, soit 0,7 Gt de plus qu'en 2016, souligne le PNUE. Et "rien ne dit qu'elles aient atteint un pic – ce point où elles basculent, de la hausse à la baisse".

Des engagements à tripler d'ici 2030

Pour garder la hausse du mercure en-deçà de 2 °C, les Etats devront tripler le niveau global de leur engagement d'ici 2030, par rapport aux promesses faites en 2015 à la conférence climat de Paris (COP21), souligne le programme environnement de l'ONU. Ils devront le multiplier par cinq pour ne pas dépasser +1,5 °C de réchauffement, stade déjà annonciateur de dérèglements, ajoute le nouveau rapport sur l'action climatique du PNUE, publié à cinq jours de l'ouverture en Pologne de la 24e conférence mondiale sur le climat (COP24).

Pour rester à 2 °C, il faudrait émettre au maximum 40 Gt CO2 en 2030, et 24 Gt pour 1,5 °C. Or si les pays s'en tiennent à leurs actions présentes, sans les renforcer, ils produiront encore 59 Gt à cette échéance, souligne le rapport. Le scénario du PNUE est plus sombre que l'an dernier, car les dernières recherches montrent qu'il ne faudra pas compter sur un déploiement vaste et rapide de technologies d'absorption du CO2. 

Selon le PNUE, 49 pays ont passé leur "pic" d'émissions, mais ils ne représentent que 36% des gaz à effet de serre mondiaux. Au total, seuls 57 Etats (soit 60% des émissions) seraient en bonne voie d'y parvenir d'ici 2030, mais seulement si leurs promesses de 2015 sont tenues. A ce stade, selon le rapport spécial publié en octobre par les experts climat de l'ONU (GIEC), le monde court vers +4 °C par rapport au niveau pré-industriel, à la fin du siècle.