Climat : Jean Jouzel appelle à "mettre en oeuvre, très largement", "l'ensemble des mesures proposées" par la conférence citoyenne

Le climatologue insiste notamment sur la réduction de la vitesse à 110 km/h sur les autoroutes, une mesure à laquelle trois quarts des Français sont opposés, selon un sondage.

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Le climatologue Jean Jouzel, le 19 mars 2019. (LUDOVIC MARIN / AFP)

"Il faut que l'ensemble des mesures proposées par les citoyens soient mises en oeuvre, très largement", a déclaré le climatologue Jean Jouzel, membre de l’académie des sciences et du Comité de gouvernance de la Convention citoyenne pour le climat vendredi 26 juin sur franceinfo. Il insiste notamment sur les bénéfices de la baisse de la vitesse sur les autoroutes, proposition qui suscite l'opposition de 74% de Français dans un sondage publié jeudi.

franceinfo : Quels seraient les effets de cette réduction de la vitesse sur autoroute ?

Jean Jouzel : Ils sont liés aux émissions de gaz à effet de serre qui nous intéressent quand on regarde le climat. Ce réchauffement climatique est lié quand même à nos activités, en particulier à l'utilisation des combustibles fossiles. On peut penser que les chiffres sont de l'ordre de 20% de diminution si on passe de 130 à 110 km/h. Il y a aussi la pollution qui est liée aux oxydes d'azote, qui est liée aux particules fines. Et là aussi, on peut avoir une diminution de 10 à 20%. Les estimations ne sont pas si faciles. Il y a aussi la pollution sonore, qui est non négligeable. Il y a des avantages sur les accidents. Donc, je pense que les citoyens ont vraiment largement discuté de cette mesure. Et s'ils l'ont adoptée, c’est qu’ils sont persuadés de sa pertinence.

Est-ce que cela vaut le coup de le faire quitte à se mettre à dos une grande partie des automobilistes ?

C'est tout un ensemble de mesures qui est quand même très cohérent. Quand on regarde sur la mobilité, il y a bien sûr ce qui peut se passer en ville. Il y a la promotion de mobilité douce et la promotion du train. Il y a aussi un regard sur un développement limité de l’aérien. Il y a aussi des mesures qui peuvent marquer une certaine solidarité des Français vis-à-vis du problème auquel on fait face. Les 150 citoyens ne sont pas des révolutionnaires. On a simplement demandé ce qu'on pouvait faire pour diminuer d’au moins de 40% nos émissions par rapport à 90, à peu près 25% par rapport à 2020 en 2030, dans un esprit de justice sociale. Ils l'ont fait avec beaucoup de sérieux. Ils ont beaucoup discuté entre eux. J'ai eu la chance depuis un an de participer à ce comité de gouvernance. J’ai eu la chance de le vivre de l'intérieur. Cette discussion qu'on a aujourd'hui, les citoyens l'ont eue entre eux. Sachez bien que les citoyens ont bien pesé le pour et le contre et ils l'ont effectivement voté à 60%.

Pourquoi les citoyens n'ont pas souhaité de référendum sur cette question ?

Je ne suis pas personnellement hostile à un référendum. Une mesure de ce type ne pouvait pas faire l'objet d'un référendum. En tout état de cause, c'est ce qui a été dit lors de la convention citoyenne. La mesure est une mesure qui pourrait faire l'objet d'une simple décision du gouvernement, mais pas forcément d'un référendum.

Si c'est un référendum, je crois que la question du référendum serait plus : est-ce vous avez vraiment envie que notre pays respecte ses objectifs en termes d'émissions de gaz à effet de serre ? 

Jean Jouzel, climatologue

à franceinfo

Le climat que nous avons aujourd'hui, c'est celui que nous envisagions il y a 40 ans en termes de réchauffement, de perception, ces événements extrêmes plus intenses. Je crois vraiment pour que nous réussissions en 2030, [pour tenir les objectifs de la COP], il faut que l'ensemble des mesures proposées par les citoyens soient mises en oeuvre, très largement.

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