Collision de deux navires : cinq questions sur la pollution aux hydrocarbures qui touche le littoral du Var et des Alpes-Maritimes

L'accident a entraîné l'échouage, en début de semaine, de galettes de pétrole sur des plages de l'est du Var. Le maire de Ramatuelle a annoncé jeudi avoir déposé plainte.

Un résidu de pétrole échoué sur la plage de Pampelonne, à Ramatuelle (Var), jeudi 18 octobre 2018.
Un résidu de pétrole échoué sur la plage de Pampelonne, à Ramatuelle (Var), jeudi 18 octobre 2018. (MAXPPP)
#AlertePollution

Rivières ou sols contaminés, déchets industriels abandonnés… Vous vivez à proximité d’un site pollué ?
Cliquez ici pour nous alerter !

C'est un scénario invraisemblable. Deux navires sont entrés en collision, dimanche 7 octobre, au large de la Corse, provoquant une fuite de plusieurs centaines de mètres cubes de pétrole dans la mer. L'accident a entraîné le déversement, dix jours plus tard, de résidus d'hydrocarbures sur des plages de l'est du Var et des Alpes-Maritimes, dont la célèbre plage de Pampelonne, dans le golfe de Saint-Tropez. Les opérations de nettoyage ont débuté jeudi 18 octobre et une enquête pour pollution a été ouverte par le parquet de Paris. 

1Que s'est-il passé ?

Dans la matinée du dimanche 7 octobre, un navire roulier tunisien, Ulysse, et un porte-conteneurs chypriote, CLS Virginia, sont entrés en collision, dans les eaux internationales au nord-ouest du cap Corse. Aucun membre des deux équipages n'a été blessé mais l'accident a provoqué une brèche dans la coque du second navire et une fuite de fuel. Au total, les autorités françaises estiment que 600 mètres cubes de pétrole se sont échappés.

Une enquête pour pollution a été ouverte le 9 octobre par le parquet de Paris, afin d'éclaircir les conditions de l'accident. Ce dernier s'est en effet produit alors que la météo et les conditions de navigation étaient bonnes, avec peu de mer et un vent de sept nœuds (10 à 15 km/h). 

2A quoi ressemble la pollution sur les plages ?

Dix jours plus tard, le 17 octobre, des milliers de résidus d'hydrocarbures se sont échoués sur certaines plages de l'est du Var et des Alpes-Maritimesrapporte le ministère de la Transition écologique. Ces résidus, décrits comme des "galettes" ou des "boulettes visqueuses", se sont déposés "dans les criques et sur les plages, touchant en particulier des banquettes de posidonie", ces plantes sous-marines typiques de Méditerranée, rapporte le maire de Ramatuelle (Var), Roland Bruno, qui a déposé plainte pour pollution et dégradation du littoralEn raison du mauvais temps, les plages étaient désertes quand le pétrole s'est déposé, a-t-il précisé.

"Le milieu naturel de la mer, avec des vents et des courants, ainsi que le processus de vieillissement assez particulier du pétrole", explique le délai de dix jours entre l'accident et l'arrivée de la pollution sur les plages, explique à franceinfo Nicolas Tamic, responsable des opérations du Cedre (Centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux).

3Quelles sont les plages touchées ?

Les communes de Ramatuelle, Saint-Tropez, Sainte-Maxime, La Croix-Valmer, Porquerolles, Grimaud, Cogolin, Gassin et Roquebrunes sont concernées, a indiqué jeudi soir la préfecture du Var à franceinfo. Mais d'autres lieux pourraient être à leur tour affectés, car "certains résidus sont encore visibles en mer", précise-t-elle.

Si tout pointe vers l'accident entre les deux navires, la préfecture affirme n'avoir pu "établir avec certitude l'origine de la pollution" sur ces plages du golfe de Saint-Tropez. Elle précise que "des échantillons ont été prélevés" pour analyses. Celles-ci étaient toujours en cours jeudi, a appris franceinfo.  

4Peut-on parler de marée noire ?

Sur les 700 mètres cubes de carburant du Victoria, 600 se sont échappés, indique le ministère de la Transition écologique, qui précise aussi que seuls 2% du carburant a atteint la côte, soit à peine plus d'une dizaine de mètres cubes. Le reste est toujours coincé à l'intérieur du navire, désormais ceinturé par un dispositif antipollution, ou s'est évaporé en mer. "Plus le pétrole est lourd, plus il s'évapore, explique Nicolas Tamic, du Cedre. Sur un litre d'essence, il ne reste que 50 cl après huit heures". Impossible pour lui, donc, de parler de "marée noire". 

Quand on parle de marée noire, la mer devient noire et épaisse, et on ne voit plus l'eau. Là, ça n'est pas du tout le cas. On n'est pas sur une marée noire, loin de là.Nicolas Tamic, responsable opérations du Cedreà franceinfo

"Plusieurs vols (de reconnaissance) ont confirmé qu'ils ne détectent plus de plaques significatives de carburants épais en mer", a aussi indiqué mardi le capitaine de frégate Stanislas Gentien, porte-parole de la préfecture maritime de Toulon.  

5Quelles mesures ont été mises en place pour nettoyer ?

Le navire tunisien Ulysse, impliqué dans la collision mais apte à reprendre la mer, a quitté la zone après la désincarcération avec l'autre bateau, le 12 octobre. Le porte-containers Virginia, lui, est toujours au mouillage au large de la Corse, a précisé la préfecture maritime. Il est ceinturé par un dispositif anti-pollution et son départ ne revêt plus de caractère d'urgence. 

Depuis le 7 octobre, marins italiens et français, mobilisant 12 navires, ont pu aspirer 1 000 m3 de mélange pétrole-eau de mer. Des chaluts devaient ensuite traîner derrière eux des poches de feutres pour intercepter les boulettes. Mais en raison du gros temps en mer, les autorités ont dû renoncer à cette solution, continuant d'aspirer les résidus au large. Pour contenir le phénomène, les services de l'Etat ont déployé mardi des filets pour récupérer ces résidus qui n'ont pu être pompés. 

Le nettoyage de la plage de Pampelonne, à Ramatuelle (Var), le 18 octobre 2018.
Le nettoyage de la plage de Pampelonne, à Ramatuelle (Var), le 18 octobre 2018. (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

Des opérations de nettoyage des plages du Var ont aussi débuté jeudi. Des opérations de dépollution des plages de Ramatuelle, Saint-Tropez et Sainte-Maxime ont mobilisé plus d'une centaine de personnels (employés communaux, forestiers-sapeurs mis à disposition par le conseil départemental, militaires, pompiers...). Elles devraient se poursuivre durant une quinzaine de jours.