Un million d'espèces menacées d'extinction : "Ce n'est pas une surprise mais c'est la confirmation de la situation"

François Letourneux, président d'honneur du Comité français de l'Union internationale pour la conservation de la nature, a réagi sur franceinfo à une étude scientifique qui révèle des chiffres alarmants. 

Des éléphants en Inde. (Illustration). 
Des éléphants en Inde. (Illustration).  (DAVID TALUKDAR / AFP)
#AlertePollution

Rivières ou sols contaminés, déchets industriels abandonnés… Vous vivez à proximité d’un site pollué ?
Cliquez ici pour nous alerter !

Jusqu'à un million d'espèces animales et végétales pourraient être menacées d'extinction, dont beaucoup "dans les prochaines décennies", selon un rapport scientifique en cours de préparation pour les Nations Unies. La terre est en train de connaître la sixième extinction de masse. En 500 ans, les activités humaines ont fait disparaître près de 680 espèces de vertébrés. "Ce n'est pas une surprise mais c'est la confirmation, la sacralisation de la situation", estime mardi 23 avril sur franceinfo l'agronome François Letourneux, président d'honneur du Comité français de l'Union internationale pour la conservation de la nature. "Mais les solutions, on les a", assure-t-il.

franceinfo : Ce rapport et ses chiffres ne sont pas une surprenants mais c'est une synthèse mondiale extrêmement alarmante ?

François Letourneux : Ce qui est particulièrement important c'est qu'on a créé pour la question de la biodiversité le même genre d'organisme que celui qui est si efficace sur le climat. C'est-à-dire qu'on a réunis tous les scientifiques mondiaux et ils parlent d'une seule voix. Et ça a l'avantage de limiter toutes les infox, tous les fake news qui circulent sur le sujet. Ce n'est pas une surprise mais c'est la confirmation, la sacralisation de la situation.

Pour les réponses, on fait face aux mêmes problèmes que pour le climat ?

Oui mais les solutions, on les a. Et la plupart des scientifiques demeurent optimistes. Encore faut-il qu'on arrête tranquillement de détruire et de massacrer autant de vies. On sait qu'en Europe, c'est l'excès de l'intensification agricole, c'est-à-dire les pesticides, qui sont la première cause des pertes de biodiversité. On sait déjà que ce serait malin de ne pas différer trop longtemps l'interdiction du glyphosate. On connaît les réponses ! Il faut être capable de s'adapter et il faudrait qu'on soit plus efficace pour résister aux lobbies. Il faut arrêter de consommer de l'huile de palme produite en détruisant des forêts en Indonésie et dans d'autres pays du sud-est.

L'homme est-il en train de scier la branche sur laquelle il est assis ?

Oui, l'homme est en train de scier la branche sur laquelle il est assis, oui on a absolument besoin de la biodiversité parce que c'est 100% de notre alimentation et 50% de nos vêtements. C'est notre vie quotidienne. On en fait partie. Et ce qui est en train de se passer c'est certes la disparition d'espèces, mais c'est aussi, et le rapport va le montrer, un effondrement des populations d'espèces qui ne sont pas encore menacées mais donc les effectifs sont en train de connaître une évolution très négative. N'oublions pas quand même que des crises de la biodiversité, il y en a eu dans le passé dont la planète s'est guérie. Celle-ci est plus rapide, plus grave. C'est l'homme qui en est responsable, pour la première fois c'est un être vivant qui est responsable des problèmes que rencontre le monde vivant. Après tout, on a été assez intelligent pour détruire la nature. Chiche qu'on soit assez intelligent pour la reconstruire.