Rapport du WWF sur la biodiversité : "On peut encore inverser la tendance si on s'en donne les moyens"

En France, "les succès peuvent être au rendez-vous" pour préserver les espèces, par exemple grâce aux actions des associations, affirme le biologiste Sébastien Moncorps.

L\'espèce du rhinocéros blanc avait presque disparu d\'Afrique australe. Mais ses effectifs ont progressivement augmenté grâce aux efforts notamment du WWF.
L'espèce du rhinocéros blanc avait presque disparu d'Afrique australe. Mais ses effectifs ont progressivement augmenté grâce aux efforts notamment du WWF. (RAYMOND ROIG / AFP)
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La planète a perdu 60% des populations d'animaux sauvages en 44 ans, selon le dernier rapport du WWF publié mardi 30 octobre. Pour le biologiste Sébastien Moncorps, directeur du Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), invité de franceinfo mardi, "on peut encore inverser la tendance quand on s'en donne les moyens et qu'une véritable volonté politique existe".

franceinfo : La disparition des espèces touche à des activités humaines, cela rend-il les choses plus compliquées ? 

Sébastien MoncorpsTout à fait. Ce sont tous les types de pression que l'on fait subir à travers l'activité humaine qui nous servent à des besoins quotidiens, comme l'alimentation. L'agriculture de plus en plus intensive est devenue une source majeure de pression sur la biodiversité. La construction d'infrastructures aussi, avec le besoin de logements qu'il y a derrière. Tout le développement économique entraîne des pressions sur la biodiversité. On peut conjuguer ce développement économique pour qu'il soit beaucoup plus durable et beaucoup plus respectueux de la biodiversité. On peut encore inverser la tendance quand on s'en donne les moyens et qu'une véritable volonté politique existe. La clé est de réussir l'effort de tous les acteurs : pouvoirs publics, associations, collectivités locales et entreprises, pour qu'on ait un effort conjoint.

Y a-t-il des exemples de pays où l'on arrive à préserver des espèces ?

Le premier pays dont on peut parler, c'est la France. Le rapport du WWF met en lumière un certain nombre d'espèces comme le gorille, le panda ou l'éléphant. On a l'impression que la crise de la biodiversité, c'est dans des pays tropicaux, en Afrique, en Asie ou en Amérique. Mais la crise de la biodiversité, c'est aussi sur le territoire français. Grâce à l'action d'associations, on voit que les succès peuvent être au rendez-vous. Par exemple, la première réserve naturelle créée en France l'a été à l'initiative de la Ligue pour la protection des oiseaux. Les associations ont aussi été à l'origine de la création d'autres espaces protégés, comme les parcs nationaux, comme celui de la Vanoise ou des Ecrins, qui ont permis le retour du bouquetin.

Est-ce que ce que l'on fait depuis 20 ou 30 ans suffit ?

Clairement non, cela ne suffit pas. On voit aussi qu'en France, les tendances de déclin sont prononcées sur l'ensemble du vivant, que ce soit les oiseaux, les mammifères, les reptiles, les amphibiens. La France a perdu 50% de ses zones humides qui sont des lieux à la fois extrêmement riches en biodiversité et qui nous sont aussi très utiles. C'est la ressource en eau qui est protégée. Ce sont des nappes phréatiques, des cours d'eau, des ruisseaux, des fleuves qui permettent de lutter contre des épisodes de sécheresse et aussi de jouer un rôle d'éponge lors des inondations.