Les espèces invasives, "une des plus grandes causes des menaces de la biodiversité", affirme un chercheur qui a évalué le coût pour la collectivité

"Ce qu'il faut, c'est investir dans la gestion, empêcher les espèces d'arriver", affirme sur franceinfo Franck Courchamp, l'un des auteurs d'une étude sur le coût des espèces invasives aux collectivités.

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Piqûre d'un moustique Aedes. Cette espèce peut transmettre des maladies telles que le chikungunya, la dengue et le Zika. (BSIP / UNIVERSAL IMAGES GROUP EDITORIAL / GETTY IMAGES)

Les espèces invasives sont "une des plus grandes causes des menaces de la biodiversité", alerte mercredi 31 mars sur franceinfo Franck Courchamp, écologue et directeur de recherches CNRS à l'université Paris-Saclay. C'est l'un des auteurs d'une étude sur le coût des espèces invasives qui a été publiée dans la revue Nature et qui estime que les invasions d'insectes, de rongeurs ou encore de chats coûtent à la collectivité près de 1 300 milliards de dollars sur 40 ans.

"Tout ce qui est commun à toutes ces espèces", c'est qu'elles ont été "transportées par l'homme". Pour limiter ce phénomène, il faut "investir dans la gestion, empêcher les espèces d'arriver, c'est beaucoup plus efficace et moins cher que de subir les dégâts", affirme le chercheur.

franceinfo : Quelles sont ces espèces invasives ?

Franck Courchamp : Il y a les animaux terrestres mais aussi aquatiques, fongiques, microbiens, mais aussi les plantes, etc. Tout ce qui est commun à toutes ces espèces, à ces milliers d'espèces dans le monde, c'est qu'elles ne viennent pas de l'endroit où elles sont en train d'avoir un impact. Elles ont été transportées par l'homme, par exemple, d'un continent à l'autre ou d'un océan à l'autre. C'est toujours notre faute, comme pour tout le reste quasiment.

Est-ce qu'on mesure les effets ? Est-ce qu'on mesure le risque quand on fait ces déplacements ?

C'était un peu l'objectif de notre étude. Les espèces envahissantes dans le monde sont une des plus grandes causes de menaces de la biodiversité. Et pourtant, on en entend bien moins parler que le changement climatique ou la déforestation. Et c'est pour ça qu'on a fait cette étude sur l'économie. Parce que l'argent, ça parle aux gens. Et comme il y a aussi des impacts sur l'économie, on voulait regarder. Et on est en augmentation exponentielle, tous les six ans on double, donc ça va continuer d'augmenter.

C'est possible d'inverser cette tendance ?

Ce qu'il faut, c'est investir dans la gestion, empêcher les espèces d'arriver, c'est beaucoup plus efficace et moins cher que de subir les dégâts. Très concrètement, dans les points d'entrée, les ports et les aéroports, il faudrait surveiller les conteneurs, regarder dans les cargaisons de fruits, de plantes ornementales, de pneus où il peut y avoir des larves de moustiques, des insectes, il faudrait faire des quarantaines. C'est quelque chose de très concret qui empêche certaines espèces d'arriver. Et il ne s'agit pas de changements drastiques. Il y a des pays qui le font : la Nouvelle-Zélande, l'Australie, les Etats-Unis sont bien plus en avance que nous sur ce plan-là, que ce soit au niveau législatif ou au niveau des méthodes de gestion.

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