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Des "fourmis électriques" dans le Var, "dans le Top 2 des espèces les plus problématiques de fourmis dans le monde", alerte un chercheur

Elle mesure seulement 1,5 millimètre mais représente une menace pour la biodiversité : la "fourmi électrique", espèce envahissante surnommée ainsi en raison de sa piqûre douloureuse, a été détectée pour la première fois sur le territoire métropolitain français, à Toulon.

Article rédigé par franceinfo
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Une "petite fourmi de feu"ou "fourmi électrique" a été repérée dans le sud de la France, à Toulon. Son nom scientifique est Wasmannia auropunctata et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle n'est pas des plus agréables. (MANJUNATH KIRAN / AFP)

C’est une première en France. Un passionné de fourmis a découvert un spécimen de "fourmi électrique", cet été, dans une résidence fermée de bord de mer dans le sud de la France, à Toulon (Var). Wasmannia auropunctata, originaire de l'Amérique du Sud, est également appelée "petite fourmi de feu", "en raison de la douleur provoquée par sa piqûre", explique jeudi 20 octobre sur franceinfo Olivier Blight, le chercheur de l'Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie (IMBE) à l'Université d'Avignon et spécialiste des espèces invasives, qui l’a formellement identifiée. Non sans grande inquiétude : "On avait déjà affaire à une supercolonie, donc on pense qu'elle est là depuis plus d'un an", probablement introduite "lors d'un transport de plantes", avance-t-il.

Une piqûre d'ortie en pire, cécité chez les chats et chiens...

Les ouvrières Wasmannia auropunctata mesurent de 1,2 à 1,5 mm et sont de couleur brun doré au brun foncé. Les reines, elles sont de couleur foncée et mesurent entre 4,5 et 5 mm. Le thorax des "fourmis électriques" porte deux épines longues et effilées et le corps est parsemé de longs poils. L'espèce est décrite comme aggressive : elle est dangereuse pour l’homme puisque sa piqûre provoque "une sensation d'ortie, en plus fort et plus long, puisque ça dure deux-trois heures", explique Olivier Blight. Elle peut aussi provoquer des chocs anaphylactiques parmi les personnes allergiques. Elle est également "dangereuse pour la biodiversité", insiste le chercheur. "Sa présence s'accompagne systématiquement d'une réduction de la biodiversité des insectes et des invertébrés en général". En Nouvelle-Calédonie, "dans les forêts qu'elle a envahies, on n'entend plus aucun son d'insecte", rapporte, inquiétant, le scientifique.

Et enfin, Wasmannia auropunctata est dangereuse pour les espèces domestiques : elle peut piquer les yeux des chats et des chiens qui deviennent alors aveugles, ajoute le chercheur à la liste d’horreurs. Bref, selon Olivier Blight, quand elle est là, "les activités en extérieur sont très compliquées, voire impossibles".  

Le scientifique a fait placer la "fourmi électrique" dès sa découverte en septembre sur la liste des espèces préoccupantes pour l'Union européenne. Jusqu’ici cette espèce originaire d'Amérique du Sud n'avait été observée qu'une fois en Europe, dans la région de Malaga (Espagne). Wasmannia auropunctata a pour l’heure été observée jusqu'à 100 mètres de la résidence de Toulon où elle a été identifiée. Olivier Blight souhaite pouvoir accéder aux résidences voisines du premier foyer détecté.

"On doit faire très rapidement une délimitation précise de la zone d'invasion pour élaborer un plan d'éradication."

Olivier Blight, chercheur de l'Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie

à franceinfo

"Clairement, elle est dans le Top 2 des espèces les plus problématiques de fourmis envahissantes dans le monde, reconnaît le chercheur. Le problème, c'est que c'est une espèce qui est très discrète, qui ne paye pas de mine : 1,5 mm. Tant qu'elle n'atteint pas des densités importantes, on ne la détecte pas. Et sa force c'est son nombre", insiste Olivier Blight qui rappelle les autorités à leurs responsabilités. Les États membres de l'Union européenne ont trois mois à partir de la détection d'une espèce envahissante pour établir un plan d'éradication.

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