Aux îles Féroé, un massacre géant de dauphins remet en cause la tradition ancestrale du "grind"

Pour la première fois, le gouvernement de cet archipel autonome danois a fait savoir qu'il allait réévaluer la pêche de dauphins à flancs blancs.

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Des dauphins à flancs blancs de l'Atlantique nagent dans les eaux du sanctuaire marin national de Stellwagen Bank, le 10 mai 2018, près de Gloucester, dans le Massachusetts. (DON EMMERT / AFP)

Sous le regard des enfants – habitués à la scène – les eaux rouge sang ont livré 1 428 dauphins à flancs blancs. Les îles Féroé sont habituées à choquer le monde entier avec leur "grind", une mise à mort au couteau de cétacés acculés au fond d'une baie. Mais cette pêche énorme, dimanche 12 septembre, a fait vaciller cette tradition ancestrale.

Pour la première fois, le gouvernement local de l'archipel autonome danois, perdu en pleine mer du Nord, a fait savoir qu'il allait réévaluer, non pas l'interdiction de la pratique, mais la pêche de dauphins à flancs blancs, une espèce pouvant mesurer jusqu'à un peu moins de trois mètres. "Bien que ces chasses soient considérées comme durables, nous allons examiner de près les chasses au dauphin et le rôle qu'elles doivent jouer dans la société féringienne", a fait savoir le Premier ministre Bárdur á Steig Nielsen.

"C'est la plus grande prise aux Féroé"

Dimanche dernier, "nous étions 500 personnes sur la plage. Je n'avais jamais vu quoi que ce soit de similaire avant. C'est la plus grande prise aux Féroé", raconte à l'AFP l'un des chasseurs-pêcheurs, Jens Mortan Rasmussen. "Cette fois, les critiques sont un peu différentes, reconnaît-il. Les exportateurs de poisson reçoivent pas mal de coups de fil furieux de leurs clients et l'industrie du saumon s'est mobilisée contre la chasse au dauphin. C'est une première."

Si cette pêche traditionnelle pratiquée en été atteint souvent des dizaines, voire des centaines, de prises – le total tourne autour de 600 chaque année – l'ampleur de celle de dimanche a surpris, y compris dans l'archipel de 50 000 âmes, où la population soutient largement la pratique.

Un abattoir à ciel ouvert

Dans le profond fjord de Skala, un petit village de 750 habitants au pied des falaises de l'Esturoy, la taille immense du banc a ralenti le processus de mise à mort qui a pris "beaucoup plus de temps qu'un 'grind' normal", d'après Jens Mortan Rasmussen. Les photos des dauphins alignés sur la rive ont engendré de nombreuses critiques.

Mais pour les habitants des Féroé, cette chasse traditionnelle s'apparente à un abattoir à ciel ouvert, guère différent de tous les animaux tués par millions dans le monde, souligne Vincent Kelner, le réalisateur du documentaire Le Goût de la baleine.

De dangereux niveaux de mercure

Les Féringiens rappellent souvent l'abondance des cétacés dans leurs eaux (plus de 100 000, soit deux par habitant) et la signification historique de cette pratique : sans cette viande venue de la mer, leur peuple aurait disparu. Aujourd'hui, l'argument de la subsistance n'est plus à l'ordre du jour, même si le produit des chasses est toujours exclusivement destinée à la consommation.

Pour l'ONG écologiste Sea Sheperd, mobilisée depuis des décennies contre la chasse des cétactés, il est temps de mettre fin à cette "effroyable attaque contre la nature", d'autant plus que la viande chassée contient de dangereux niveaux de mercure.

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