Barrage de Sivens : le conseil général du Tarn suspend le chantier... Et maintenant ?

Après la mort d'un jeune opposant au projet ce week-end, le président du conseil général assure qu'il est impossible "de poursuivre toute activité liée au déroulement du chantier sur le site". Et il demande à l'Etat reprendre la main.

Des opposants au projet de barrage de Sivens demandent son abandon définitif, vendredi 31 octobre, devant le conseil général du Tarn.
Des opposants au projet de barrage de Sivens demandent son abandon définitif, vendredi 31 octobre, devant le conseil général du Tarn. (ERIC CABANIS / AFP)
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Le chantier du barrage de Sivens est suspendu. Le président socialiste du conseil général du Tarn, Thierry Carcenac, a pris acte, vendredi 31 octobre, "de l'impossibilité de poursuivre" les travaux de ce barrage controversé, sans pour autant évoquer un abandon, ni fixer une date butoir. Ce week-end, un jeune opposant au projet, Rémi Fraisse, avait été tué par l'explosion d'une grenade, dans le cadre de violents affrontements avec les forces de l'ordre. Retour sur une décision qui soulèvent plusieurs questions.

Le conseil général suspend, mais ne tranche pas

On attendait un débat et un vote sur l'avenir du barrage de Sivens lors de cette première séance du conseil général du Tarn, à Albi. Finalement, ni l'un ni l'autre n'ont eu lieu, et c'est son président, le socialiste Thierry Carcenac, qui a annoncé la suspension du projet. "Le drame intervenu dans la nuit de samedi à dimanche conduit l'assemblée départementale à prendre acte de l'impossibilité de poursuivre toute activité liée au déroulement du chantier sur le site de Sivens" a-t-il déclaré. La décision aurait été prise lors de réunions dans la nuit de jeudi à vendredi.

Aucune date de reprise des travaux n'a été fixée, mais "ce n'est pas un abandon" du projet de barrage, assure un vice-président du conseil général, Didier Houlès. "Je crois qu'on a pris une décision de sagesse (...) puisqu'on ne peut pas faire les travaux, sauf à mobiliser des compagnies entières de CRS", a jugé un autre vice-président, Michel Albarède, sur BFMTV. De fait, le chantier est à l'arrêt depuis les affrontements de ce week-end.

L'Etat et le conseil général se renvoient la balle

Pour Thierry Carcenac, la balle est maintenant dans le camp de l'Etat. Des experts, mandatés par le ministère de l'Ecologie, ont rendu des préconisations sur ce projet. Le président du conseil général demande "à l'Etat de les étudier et d'en assumer toutes les conséquences". Ces ingénieurs, très critiques sur ce chantier, recommandent cependant sa poursuite, mais en réduisant le volume d'eau destiné à l'irrigation, afin d'en minimiser l'impact environnemental.

Problème, mercredi matin sur RTL, le Premier ministre Manuel Valls a tenu le discours inverse. Concédant qu'il fallait "évidemment redimensionner [le barrage] et tirer les conséquences des préconisations", il a estimé que c'était "aux élus de prendre ces décisions". La ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal, a convoqué une réunion des différentes parties prenantes du projet, mardi 4 novembre, qui permettra peut-être d'y voir plus clair.

Les opposants mitigés face à cette décision

Porte-parole du Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet, qui regroupe de nombreux opposants au projet, Ben Lefetey s'est félicité de l'arrêt des travaux, rapporte sur Twitter un journaliste de Libération, mais il évoque tout de même une position "floue et ambigue". Présent vendredi matin devant le conseil général, il craint que ce dernier tente de faire "passer en force (...) un projet édulcoré". Son collectif demande que le chantier ne soit pas relancé avant 2015, ce qui permettrait "de relâcher la pression, de retrouver l'apaisement sur le terrain et aux éléments les plus radicaux de quitter la zone".