Australie : la grande barrière de corail menacée par l'industrie minière ?

Le projet d’extension d'un port de charbon met en péril le plus vaste ensemble corallien, classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1981.

La barrière de corail, fragilisée par le dérèglement climatique et l’intensification de l’activité humaine, a déjà vu sa surface réduite de moitié en 30 ans.
La barrière de corail, fragilisée par le dérèglement climatique et l’intensification de l’activité humaine, a déjà vu sa surface réduite de moitié en 30 ans. (CHICUREL ARNAUD / HEMIS.FR)
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"Patrimoine mondial de l'Unesco en danger". C'est le triste titre que pourrait bientôt porter la grande barrière de corail, qui s’étend sur environ 345 000 km2 le long de la côte est australienne. L’Autorité du parc marin de la grande barrière de corail (GBRMPA) a autorisé, le 31 janvier 2014, l’extension du port de charbon d’Abbot Point dans le Queensland (Nord-Est), aux confins de la mer de Corail. Un projet minier qui entraînera le rejet de 3 millions de m3 de sédiments au cœur de la zone protégée. Il s’agit d’un nouveau coup dur pour le récif corallien, fragilisé par le dérèglement climatique et l’intensification de l’activité humaine, qui a déjà été réduit de moitié en 30 ans.

Un choix cornélien entre industrie et tourisme

L’étouffement des coraux ou l’exposition à des substances toxiques sont autant d’effets nuisibles qui ont poussé l’Unesco à menacer l’Australie de classer la grande barrière de corail dans la liste des "patrimoines en danger". Or, selon Richard Leck, directeur de campagne de WWF, ce projet "entraînera inévitablement une hausse du trafic maritime dans la région". Car l'extension du port minier d’Abbot Point en ferait l'un des premiers terminaux de la planète pour l’exportation de minerais. Un enjeu de taille pour l’Australie, troisième producteur mondial de charbon.

Si l’ambition industrielle est grande, ce classement de l'Unesco aurait des conséquences sur la capacité de préservation des sites historiques et naturels et pourrait nuire au tourisme australien, dont la grande barrière de corail est un atout indéniable. Un autre secteur économique qui, selon le ministère australien de l'Economie, a rapporté 3,7 milliards d’euros au pays entre 2011 et 2012, en plus d'assurer 70 000 emplois.

Une rupture environnementale ?

A la suite du rapport d’étape sur la protection de la grande barrière de corail rendu par le gouvernement australien à l’Unesco, le 1er février, le ministre de l’Environnement, Greg Hunt, a déclaré au Sidney Morning Herald que "la protection et le maintien des coraux est une tâche permanente pour chaque gouvernement australien" et que le récif n’est aucun cas et ne devrait être considéré comme "en danger". Sur Euronews, Russell Reichett, le président de l'Autorité du parc marin de la grande barrière de corail, a quant à lui affirmé que "le matériau dragué à cet endroit ne contient pas de produits toxiques mais est constitué de 70% de sable et de 30% de vase et d’argile". Une affirmation pouvant être remise en question alors qu'une enquête pour "conflits d’intérêts" a été ouverte contre deux dirigeants de cette autorité gouvernementale, en lien avec l’industrie minière.

L’Australie, jusqu’ici très respectueuse et très au fait des questions environnementales, semble désormais donner plutôt la priorité au développement économique depuis l’arrivée au pouvoir, en septembre dernier, de son Premier ministre, Tony Abbott, qualifié de "climato-sceptique" par David Camroux, chercheur franco-australien au Centre d'études et de recherches internationales (CERI) de Sciences Po.

L’extension du port n’est d’ailleurs qu’un premier pas vers la nouvelle voie qu’emprunte le gouvernement australien. La suppression de la taxe carbone et du fonds d’investissement public chargé de soutenir le développement des énergies renouvelables sont d’autres pistes en cours d’examen.