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Au jardin d’Eden de la permaculture

Et si les solutions pour le climat se trouvaient dans nos assiettes ? Notre alimentation représente 36% des émissions de gaz à effet de serre en France. La Fondation GoodPlanet de Yann Arthus Bertrand lance ce jeudi une campagne pour nous aider à trouver des pratiques alimentaires qui réduiront ces émissions. Comme par exemple les stages de permaculture à la ferme du Bec Hellouin en Normandie
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Radio France
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  (Charles-André Gruyer dans sa ferme en Normandie. © RF/Anne-Laure Barral)

"Ici vous avez des carottes, des radis mais aussi des mares, des fleurs" , Charles-Hervé Gruyer fait visiter avec gourmandise son jardin d’Eden. Cet ancien enseignant et sa femme Perrine, ancienne juriste espéraient juste pouvoir se nourrir de leur potager lorsqu’ils se sont installés, il y a 8 ans dans son fond de vallée près de Rouen. "Ici il y a 8 ans, il n’y avait rien. La terre était comme du mastic et aujourd’hui nous avons près de 500 espèces d’arbres différents ", sourit-il.

Au jardin d’Eden de la permaculture - un reportage d'Anne-Laure Barral
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Laisser jouer les espèces entre elles

Le couple n’avait jamais mis les mains dans la terre. Ils voulaient quand même la protéger. Se mettre en bio était une évidence mais ils ne savaient pas trop par où commencer. A force de lecture et de rencontres, ils s’instruisent, lisent et découvrent la permaculture. Un concept formalisé en Australie dans les années 70, qui préconise de s’inspirer de la nature, de laisser jouer les espèces entre elles pour qu’elles trouvent leur équilibre. Un concept qui colle parfaitement à leur projet de maraîchage mais aussi de vie.

"Les vers de terre sont des milliards de travailleurs au noir qui sont des agents de fertilité des sols essentiels "

"C’est le déclic. Ça nous a beaucoup enthousiasmés parce que cela donnait aussi un sens plus global à ce que l’on fait ici, dans son jardin",  explique Charles. Pas question d’utiliser du pétrole donc pas de tracteurs, pas d’engrais, pas de pesticides mais des associations de cultures entre elles. Ils produisent en bio en associant les cultures, les animaux, du travail à la main et reçoivent en échange l’aide de nombreux travailleurs "clandestins" : "Les vers de terre sont des milliards de travailleurs au noir qui sont des agents de fertilité des sols essentiels" , explique le maraicher. On ne trouve pas de kiwi ou d’avocat dans le jardin mais des radis, des carottes, des courges, des poires, des baies gouteuses.

54.000 euros de recettes

Au fur à mesure de l’expérience ils produisent tellement de fruits de légumes qu’ils s’associent à l’Inra et à Agro Paris Tech pour mener une étude technico-économique. Peut-on vivre sur une toute petite exploitation à près 2.000 m2 cultivés et en permaculture ? "A surface égale nous produisons dix fois plus" , explique Louise Géhin, chargée du suivi des programmes scientifiques. L’étude montre que la ferme dégage 54.000 euros de recettes en un an. Largement de quoi faire vivre un maraîcher.

Stagiaires et vocations

Aujourd’hui douze personnes travaillent sur la ferme qui vend ses productions dans son magasin dans des épiceries spécialisées mais aussi à des restaurateurs. Elle a aussi accueillie 700 stagiaires cette année pour les former à la permaculture. "C’est en essayant différentes choses dans mon jardin, j’ai eu envie d’en savoir plus ", explique Sophie, ingénieur dans le bâtiment, en stage à la ferme pour une semaine. Elle a tellement appris qu’elle se demande si cela ne va pas changer son orientation professionnelle.

Beaucoup d’autres stagiaires envisagent de se lancer dans le maraîchage bio et depuis mars dernier, la validation scientifique de la production de la ferme permet à certains de débloquer des prêts auprès des banques en prouvant que leur projet est viable économiquement.

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