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#AlertePollution : dans le Finistère, des téléphones Garfield souillent les plages depuis trente ans

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France Télévisions
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Ces téléphones Garfield ont été récoltés sur des plages du Finistère par l'association Viltansoù en 2018. (CLAIRE SIMONIN LE MEUR)

Sur les côtes du pays d'Iroise, ces appareils, fabriqués dans les années 1980, sont retrouvés à chaque nettoyage de plage. Mais d'où viennent-ils ?

#AlertePollution

Rivières ou sols contaminés, déchets industriels abandonnés… Vous vivez à proximité d’un site pollué ?

Le crachin breton n'entame pas l'enthousiasme des nettoyeurs. Sur les plages du pays d'Iroise (Finistère) battues par les vents, les membres de l'association ViltansoĂą collectent inlassablement les dĂ©chets rapportĂ©s par la mer. Dont des dizaines de gros chats en plastique orange. Depuis trente ans, des tĂ©lĂ©phones Garfield, du nom de la bande dessinĂ©e créée en 1978, surgissent des fonds marins et s'Ă©chouent sur le sable de la pointe du Finistère. "L'Ă©tat des tĂ©lĂ©phones est stupĂ©fiant. Ces objets sont en plastique dur et comportent encore leurs peintures", dĂ©crit Claire Simonin Le Meur, prĂ©sidente de l'association ViltansoĂą, qui nous a signalĂ© cette pollution rĂ©currente dans le cadre de notre enquĂŞte participative #AlertePollution.

>> ENQUETE FRANCEINFO. #AlertePollution : plages souillées, oiseaux empoisonnés... Comment les conteneurs tombés à l'eau deviennent un vrai mal de mer

Une provenance mystérieuse

Le naufrage de ces matous orange d'une trentaine de centimètres, aux paupières qui se baissent quand on soulève le combinĂ©, ne cesse d'interroger dans ce coin de Bretagne. Comment ces tĂ©lĂ©phones sont-ils arrivĂ©s lĂ  ? ContactĂ©es par franceinfo, les mairies du Conquet et de Plougonvelin, qui font partie de la zone oĂą s'Ă©chouent les tĂ©lĂ©phones, affirment n'avoir aucune idĂ©e de leur origine, renvoyant vers l'association ViltansoĂą, qui avance une piste.  

Les anciens ont souvenir d'un échouement de conteneur, possiblement dans la rade de Brest toute proche, au début des années 1980, sans pouvoir le dater précisément.

Claire Simonin Le Meur

Ă  franceinfo

L'entreprise Paws, qui exploite aujourd'hui la licence Garfield, assure Ă  franceinfo ne pas avoir connaissance d'un Ă©chouement de cargo ou de conteneur transportant des tĂ©lĂ©phones de ce type. Et si l'entreprise confirme que ces appareils ont bien Ă©tĂ© fabriquĂ©s dans les annĂ©es 1980 par la sociĂ©tĂ© Tyco, elle Ă©voque de possibles contrefaçons. Un argument qui ne convainc guère la prĂ©sidente de l'association ViltansoĂą. "Dans les annĂ©es 1980, la contrefaçon, notamment asiatique, n'avait pas la mĂŞme rĂ©alitĂ© qu'actuellement", estime ainsi Claire Simonin Le Meur.

Un morceau d'un téléphone Garfield échoué sur une plage de la pointe d'Iroise (Finistère) en 2018. (CLAIRE SIMONIN LE MEUR)

Dater cet Ă©chouement est d'autant plus ardu qu'il n'a laissĂ© aucune trace dans les archives disponibles. Par ailleurs, les incidents de ce type dans ce couloir maritime au large du Finistère ne sont pas rares : le rail d'Ouessant est un des plus empruntĂ©s au monde, et le trafic y est colossal. "Près de 40 000 navires y transitent chaque annĂ©e, tout comme 90% des biens consommĂ©s en Europe", illustre le capitaine de frĂ©gate Riaz Akhoune, porte-parole du prĂ©fet maritime de l’Atlantique, joint par franceinfo. L'origine de ces chats reste donc un mystère.

Environ 200 morceaux de Garfield récoltés en 2018

Il n'empĂŞche qu'au grĂ© de ses caprices, l'ocĂ©an rejette rĂ©gulièrement un Ĺ“il, un bras, une patte voire le corps entier de ces Garfield en plastique. Ces chats sont essentiellement prĂ©sents dans un rayon de 24 kilomètres, notamment sur les plages de Plougonvelin, Ploumoguer ou encore Plouarzel (Finistère). "Cela ne s'arrĂŞte jamais. A chaque nettoyage, on collecte trois, quatre tĂ©lĂ©phones entiers ou en morceaux", raconte Claire Simonin Le Meur. Pour Lionel Lucas, cofondateur de l'Association de nettoyage au service de l'environnement et du littoral (Ansel), cette prĂ©sence sur les plages bretonnes est entièrement liĂ©e Ă  la mĂ©tĂ©o. 

Le plastique des chats Garfield est lourd, il ne flotte pas. La plupart d'entre eux restent à l'abri des conteneurs qui dorment dans les fonds marins. Ces conteneurs sont remués par les tempêtes et laissent échapper leur cargaison.

Lionel Lucas, cofondateur de l'association Ansel

Ă  franceinfo

En 2018, environ 200 pièces de toutes tailles provenant des chats Garfield ont ainsi Ă©tĂ© rĂ©coltĂ©es dans le secteur. "Au total, cela reprĂ©sente l'Ă©quivalent d'une caisse de pĂŞche", prĂ©cise Claire Simonin Le Meur, qui Ă©voque des morceaux de tĂ©lĂ©phones "comme neufs", très peu usĂ©s par l'ocĂ©an. Le phĂ©nomène est tel que l'association Ansel a intĂ©grĂ© les tĂ©lĂ©phones Garfield Ă  la liste des dĂ©chets rĂ©currents (appelĂ©s "traceurs") de sa carte Ocean Plastic Tracker. Cet outil recense depuis 2017 les dĂ©tritus en plastique les plus frĂ©quents retrouvĂ©s sur les cĂ´tes.

Cette carte recense les déchets les plus récurrents retrouvés sur les façades maritimes françaises. (OCEAN PLASTIC TRACKER)

Un symbole de la pollution marine

Une fois ramassĂ©s, tous les morceaux de Garfield sont prĂ©cieusement conservĂ©s par les associations de nettoyage des plages. "Ce ne sont plus des dĂ©chets mais des pièces Ă  conviction", estime Lionel Lucas. "Nous souhaitons garder certains traceurs pour mesurer combien de temps durent ces pollutions et voir jusqu'oĂą elles vont gĂ©ographiquement", dĂ©veloppe l'initiateur de cette carte collaborative.

Des chats Garfield retrouvés lors d'opérations de nettoyage. (CLAIRE SIMONIN LE MEUR)

Pour l'association ViltansoĂą, ces fĂ©lins de plastique sont mĂŞme devenus un "emblème" des opĂ©rations de nettoyage, notamment quand celles-ci sont effectuĂ©es avec des scolaires. "Garfield est pour eux un fort moteur d'intĂ©rĂŞt. Les nettoyages de plage se transforment presque en chasse au trĂ©sor. MĂŞme mes enfants, avec qui je fais du nettoyage, n’ont qu’une hâte : retrouver des tĂ©lĂ©phones Garfield", raconte Claire Simonin Le Meur.

A travers ces tĂ©lĂ©phones, l'association entend sensibiliser Ă  la question de la pollution, terrestre ou maritime, qui ne cesse selon elle de s'aggraver. Au total, en 2018, les bĂ©nĂ©voles de ViltansoĂą ont collectĂ© près de deux tonnes de dĂ©chets variĂ©s dans leur pĂ©rimètre d'action de la pointe d'Iroise. "Pourtant, il s'agit d'une zone peu frĂ©quentĂ©e hors saison et oĂą il y a de très forts courants", note Claire Simonin Le Meur, qui s'attend Ă  ramasser d'autres chats Garfield. Et peut-ĂŞtre, un jour, Ă  percer dĂ©finitivement leur mystère.

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