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Dix ans après Katrina, La Nouvelle-Orléans a changé de couleur

Le 29 août 2005, l’ouragan Katrina ravageait la ville. Plus de 1800 morts, des dizaines de milliers de maisons détruites, des habitants qui ont dû fuir la ville pendant des mois, certains ne sont d’ailleurs jamais revenus, et depuis des dizaines de milliards investis pour reconstruire et même imaginer une autre ville.
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Radio France
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  (Magic Street, une des rues entièrement rénovées du quartier de Treme © RF/ Frédéric Carbonne)

 Je vous emmène d’abord dans le quartier qui incarne la volonté de La Nouvelle-Orléans de ne pas perdre son âme, c’est-à-dire ses musiciens. Nous sommes en fait là où l’ouragan a frappé le plus durement, au bord du Mississippi, une partie de la ville très pauvre. Ce terrain était abandonné avant même Katrina, et on a décidé d’y construire 70 maisons, toutes pour des artistes de jazz qui n’auraient pas eu les moyens de se reloger. Fred Goodrich fait partie des premiers arrivés, il raconte que ses amis étaient surpris qu’il s’installe près d’un ghetto, mais lui n’a pas hésité.

"Cela a été une véritable bénédiction. Il ne s'agissait pas seulement d'avoir une maison mais on me demandait si je voulais vivre avec mes amis et jouer de la musique. C'est l'esprit éternel de La Nouvelle-Orléans".

Pour être honnête ce village des musiciens ressemble à une enclave, le quartier autour reste largement abandonné, des maisons n’ont toujours pas été reconstruites. Le changement est plus significatif sans doute à Treme, le temple du jazz. Là, des rues entières ont été rénovées, de nouvelles start up s’installent tous les mois,  les loyers ont d’ailleurs parfois flambé et ceux qui habitent là depuis longtemps ont connu un vrai  bouleversement. C’est le cas de Diane Foley, toute sa famille vit à Treme.

"Tout le monde se sent bien parce que ce n'est pas pareil qu'avant Katrina. Les bâtiments, les voisins, la sécurité, tout est mieux maintenant".

 

Dix ans après Katrina, La Nouvelle Orléans a changé de couleur - reportage Frédéric Carbonne
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Pour les autorités, la ville s’est relevée

 

C’est même le slogan de ce qui aura été un long mois de commémoration, le triomphe de la résilience. La Nouvelle-Orléans serait plus forte. Et cela ne concerne pas que les logements ou l’économie locale, les institutions, les services publics auraient aussi été transformés après Katrina. Cette semaine, on a par exemple inauguré un hôpital ultra-moderne qui a coûté plus d’un milliard de dollars mais l’exemple mis en avant le plus souvent c’est celui de l’éducation. Il faut imaginer là aussi l’ampleur des destructions. Le plus grand lycée de la ville a été englouti par l’ouragan, il a fallu des mois pour rouvrir les écoles. On a donc reconstruit des locaux et changé les méthodes d’enseignement. Plus d’autonomie à chaque établissement.

 

Un renouveau avec des exclus

Parce que l’après-Katrina n’a pas corrigé et a même amplifié ce qui est depuis longtemps une réalité de cette ville, c’est-à-dire une profonde inégalité. On estime qu’une famille sur trois vit sous le seuil de pauvreté et pour ces familles  le nouveau visage de la Nouvelle-Orléans rend la vie encore plus difficile. Il y a de moins de solidarité qu’avant dans les quartiers défavorisés. C’est ce que déplore Ameer Barakat, un travailleur social engagé aussi sur le terrain politique.

"Ils ont fait partir beaucoup de pauvres, des gens aisés sont arrivés, ils vivent très bien. Mais qu'est-ce que vous faites de tous ceux qui payaient 1000 dollars de taxe avant et qui doivent aujourd'hui verser 8000 dollars? De manière générale, La Nouvelle-Orléans n'est plus La Nouvelle-Orléans".

Il y a d’ailleurs ceux qui souffrent dans ces quartiers et puis ceux qui souffrent de ne pas pouvoir revenir chez eux. Il s’agit essentiellement d’une population noire, La Nouvelle-Orléans compte 100.000 Africains-Américains de moins qu’en 2005. Ça aussi, c’est un effet de Katrina, une modification de la couleur de la ville.

 

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