Cet article date de plus de neuf ans.

Dans le cadre du projet de surveillance Sentinelle, des photos satellites pointent des "crimes de guerre" à Abyei

Le régime de Khartoum "a commis de graves violations des conventions de Genève et d'autres crimes de guerre, dont certaines pourraient même constituer des crimes contre l'humanité", selon Satellite Sentinel Project dimanche.Son but: surveiller l'émergence de violences après le référendum sur l'indépendance du Sud-Soudan en janvier.
Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Photo de la force de l'Onu au Soudan, le 28 mai 2011: des hommes de l'armée du nord face à la ville d'Abyei en feu. (AFP/UNMIS/STUART PRICE)

Le régime de Khartoum "a commis de graves violations des conventions de Genève et d'autres crimes de guerre, dont certaines pourraient même constituer des crimes contre l'humanité", selon Satellite Sentinel Project dimanche.

Son but: surveiller l'émergence de violences après le référendum sur l'indépendance du Sud-Soudan en janvier.

Selon le Centre des médias soudanais, proche des services de sécurité du Nord-Soudan, "des commandants de haut rang des armées du Nord et du Sud se sont rencontrés samedi dans la capitale éthiopienne Addis Abeba" pour tenter de "trouver une solution à la crise". L'information n'a toutefois pas été confirmée de source indépendante ou par le gouvernement sud-soudanais.

Khartoum demande à l'Onu de quitter le pays
Le gouvernement soudanais a par ailleurs décidé de mettre fin à la mission de l'Onu au Soudan (Unmis) le 9 juillet, fin de son mandat actuel et date prévue pour l'accession à l'indépendance du Sud-Soudan, selon des sources officielles dimanche.

Forte d'environ 10.000 Casques bleus et un millier de personnels civils, l'Unmis avait été déployée au Soudan en mars 2005 en appui à la mise en oeuvre de l'accord de paix (CPA) qui avait mis fin à deux décennies de guerre civile entre le Nord musulman et le Sud majoritairement chrétien et animiste.

Une autre mission de l'ONU (Unamid), qui compte environ 23.000 Casques bleus, opère au Darfour, région de l'ouest du Soudan en proie à la guerre civile. L'avenir de l'Unmis était l'un des sujets de préoccupation de la délégation du Conseil de sécurité de l'Onu, qui a séjourné du 21 au 24 mai au Soudan.

Les Etats-Unis ont demandé le 23 mai aux forces armées du Soudan (armée de Karthoum) de se retirer de la ville, estimant que "l'occupation" d'Abyei par les troupes nordistes sont des "violations très graves du CPA qui le mettent en danger".

Satellite Sentinel Project alarmiste
Basé aux USA, le projet Sentinelle - financé notamment par l'acteur George Clooney - pointe que de nouvelles photos satellites "montrent les destructions délibérées et étendues ainsi que l'appropriation de propriétés sans aucune justification ou nécessité militaire".

"Toutes les preuves collectées par satellite et les sources sur le terrain indiquent qu'il s'agit d'un nettoyage ethnique soutenu par l'Etat (soudanais) dans la plus grande partie de la région d'Abyei", assure Sentinelle avant d'ajouter: "Des pillages étendus, des débris et les destructions de propriétés sont visible, dont le saccage d'un stock du Programme alimentaire mondial".

Mardi, l'organisation avait déjà présenté des images satellite montrant "des attaques par des véhicules blindés et la destruction de villages", voyant dans ces clichés des "preuves documentées de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité à Abyei".

L'Onu évoque 40.000 déplacés
Cette avancée a provoqué la fuite vers le sud, en zone sous contrôle de l'armée sudiste, de 30.000 à 40.000 déplacés - en majorité des Sudistes de la tribu Dinka Ngok - dont beaucoup restent cachés dans la brousse par peur des bombardements aériens nordistes, selon l'Onu.

Des milliers de civils fuient depuis le 22 mai la province disputée d'Abyei, à la limite entre Nord et Sud-Soudan, en proie aux pillages d'hommes armés, selon les casques bleus de l'Onu.

Abyei est une "ville du Nord", a affirmé le 24 mai le ministre soudanais de la Défense, Abdelrahim Mohammed Hussein, écartant les appels à un retrait des troupes nordistes de cette enclave disputée entre le Nord et le Sud-Soudan.

Une province revendiquée par le Nord et le Sud
Samedi 21 mai, après de violents combats, l'armée soudanaise (nordiste) a pris le contrôle de la ville d'Abyei, qui connaît une recrudescence des violences depuis le référendum en janvier sur le Sud-Soudan et l'écrasante majorité en faveur de la sécession de cette région qui doit devenir un Etat indépendant le 9 juillet.

Les Nations unies ont appelé le 21 mai à une "cessation immédiate des hostilités". La province d'Abyei est revendiquée par le Nord et le Sud du Soudan. Les deux camps s'accusent d'avoir envoyé un grand nombre de soldats "irréguliers", en violation d'une trêve signé en janvier, et les incidents armés s'y sont multipliés depuis plus d'une semaine.

La prise d'Abyei par l'armée nordiste est sans doute l'incident le plus grave depuis les affrontements meurtriers y ayant opposé en 2008 armées nordiste et sudiste.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.