Cuba : ce que l'on sait des manifestations inédites contre le gouvernement

Des dizaines de manifestations antigouvernementales ont émaillé le pays dimanche. Le président Miguel Diaz-Canel a appelé ses partisans à répliquer dans la rue.

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Des Cubaines participent à une manifestation contre le gouvernement à La Havane, à Cuba, le 11 juillet 2021. (ERNESTO MASTRASCUSA / EFE/ SIPA)

"A bas la dictature." Des manifestations inédites contre le gouvernement ont eu lieu dimanche 11 juillet dans plusieurs villes de Cuba. Largement diffusés sur les réseaux sociaux, les défilés ont commencé de façon spontanée dans la matinée, un événement rarissime dans ce pays gouverné par le Parti communiste, où les seuls rassemblements autorisés sont généralement ceux du parti.

A La Havane, des échauffourées ont éclaté entre des manifestants et les forces de l'ordre qui ont utilisé des gaz lacrymogènes. Au moins dix personnes ont été arrêtées et plusieurs policiers ont utilisé des tuyaux en plastique pour frapper des manifestants. S'il a reconnu "l'insatisfaction" que peuvent ressentir certains Cubains, le président Miguel Diaz-Canel a accusé Washington d'être à la manœuvre et a appelé ses partisans à répliquer dans la rue. Franceinfo fait le point sur la situation.

Cuba traverse une grave crise sanitaire et économique

La pandémie de Covid-19 a plongé Cuba dans une grave crise économique. Chaque jour, les Cubains doivent patienter de longues heures pour s'approvisionner en nourriture et sont aussi confrontés à une pénurie de médicaments. Le recul du tourisme, à l'arrêt à cause de la pandémie, a privé le pays d'une part importante de ses ressources. L'économie cubaine a chuté de 11% en 2020, un plus bas en presque 30 ans.

Ces difficultés économiques ont poussé les autorités à couper l'électricité plusieurs heures par jour dans une grande partie du territoire. L'internet mobile, arrivé fin 2018 à Cuba, restait d'ailleurs coupé lundi matin. "Les gens manquent de tout, la situation économique et sociale est absolument horrible", décrit à franceinfo Janette Habel, maître de conférences à l'Institut des hautes études d'Amérique latine (IHEAL). Cette crise n'est pas liée qu'à la pandémie de Covid-19. Selon Janette Habel, "le premier problème ce sont les sanctions" imposées à Cuba. "Avant tout autre chose, ce pays est victime depuis 62 ans de sanctions économiques absolument effarantes", observe-t-elle.

Les manifestations sont par ailleurs survenues le jour où Cuba a enregistré un nouveau record quotidien de contaminations et de morts dues au coronavirus, avec 6 923 cas recensés (pour 238 491 cas au total) et 47 morts en 24 heures (pour 1 537 morts au total). Face à cette situation, les appels au secours se sont multipliés sur les réseaux sociaux sous les mots-clés #SOSCuba ou #SOSMatanzas (du nom de la province la plus touchée) et un groupe d'opposants a demandé l'instauration d'un "couloir humanitaire". L'initiative a été écartée par le gouvernement.

Washington et Bruxelles soutiennent les manifestants

Dès dimanche, le gouvernement américain a réagi en mettant en garde les autorités cubaines contre tout usage de la violence à l'encontre de "manifestants pacifiques". "Les Etats-Unis soutiennent la liberté d'expression et d'assemblée à Cuba", a tweeté le conseiller américain à la Sécurité nationale, Jake Sullivan.

Dans un communiqué diffusé lundi, le président américain Joe Biden a appelé "le régime cubain à entendre son peuple et à répondre à ses besoins". "Nous nous tenons aux côtés du peuple cubain et de son appel vibrant à la liberté."

De son côté, l'Union européenne a annoncé soutenir le "droit des peuples à s'exprimer". "Nous demandons aux autorités d'autoriser ces manifestations et d'écouter le mécontentement des manifestants", a déclaré le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, à l'issue d'une réunion des ministres des Affaires étrangères européens à Bruxelles.

Cuba accuse les Etats-Unis de complicité

En réponse, Miguel Diaz-Canel a accusé le gouvernement américain d'être à l'origine de ces manifestations. "Il y a un groupe de personnes, contre-révolutionnaires, mercenaires, payées par le gouvernement américain, de façon indirecte à travers des agences du gouvernement américain, pour organiser ce genre de manifestations", a-t-il affirmé.

Le président a accusé les sanctions américaines – imposées par l'ex-président américain Donald Trump et laissées inchangées par Joe Biden – d'être responsables de la crise. "Si vous voulez que le peuple aille mieux, levez d'abord l'embargo", a-t-il ajouté.

"Si vous faites le tour de la situation (...) on a la pandémie, la perte des ressources dues à l'absence de tourisme, plus d'envoi d'argent, plus de voyages, plus de transactions en dollars."

Janette Habel, maîtresse de conférences à l'IHEAL

à franceinfo

Après une brève réconciliation entre 2014 et 2016, les relations diplomatiques entre Cuba et les Etats-Unis sont au plus bas depuis le mandat de Donald Trump. L'ancien président républicain a renforcé l'embargo en vigueur depuis 1962, dénonçant des violations des droits de l'homme et le soutien de La Havane au gouvernement de Nicolas Maduro au Venezuela.

La Russie met en garde contre toute "ingérence étrangère"

Grand soutien des autorités cubaines depuis l'époque soviétique, la Russie a mis en garde contre toute "ingérence étrangère" dans cette crise. "Nous sommes convaincus que les autorités cubaines prennent toutes les mesures nécessaires pour rétablir l'ordre public dans l'intérêt des citoyens du pays", a assuré le ministère des Affaires étrangères russe dans un communiqué.

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