Menacés par la Corée du Nord, les habitants de l’île de Guam refusent de céder à la panique : "Il y a du soleil, l’océan me donne envie d'aller me baigner"

Alors que le président nord-coréen Kim Jong-un a menacé ouvertement de tirer plusieurs missiles en direction de l'île américaine de Guam, ses habitants tentent de dédramatiser.

Sur la plage de sable blanc, la menace nucléaire nord-coréenne paraît bien lointaine.
Sur la plage de sable blanc, la menace nucléaire nord-coréenne paraît bien lointaine. (ANGÉLIQUE FORGET / RADIO FRANCE)

L'île de Guam, un bout de territoire américain de l'Archipel des Mariannes, est depuis plusieurs jours au coeur de l'escalade verbale entre les États-Unis et la Corée du Nord. Guam, où vivent 163 000 habitants, abrite deux bases militaires. Elle est un poste stratégique pour les Américains dans le Pacifique et donc, in extenso, une cible de choix pour le régime de Pyongyang, qui a menacé ouvertement de tirer plusieurs missiles en sa direction. Des frappes qui pourraient avoir lieu tout prochainement, si l'on en croit la propagande nord-coréenne. Pourtant, sur l’île, les habitants refusent d’être alarmistes.

Une menace supplémentaire, rien de plus 

Assis sur sa serviette, Tony San Nicolas observe les eaux du Pacifique, profitant du soleil matinal sur une plage de sable blanc. Cet habitant de Guam croit en la possibilité d’une attaque, mais refuse de céder à la panique. "La Corée du Nord est prête ! Elle est prête à lancer des missiles n’importe où, explique-t-il. J’espère que cela n’arrivera pas. Cependant, mes petites habitudes n’ont pas changé. Je suis sorti de chez moi pour profiter de l’extérieur." 

C’est une journée magnifique, il y a du soleil, l’océan me donne envie d'aller me baigner... J’espère que rien de grave n’arrivera à notre île où à notre pays tout entierTony, un habitant de Guamà franceinfo

La population de Guam est habituée aux typhons, aux tremblements de terre et aux alertes au tsunami : cette menace nord-coréenne n’est pour elle qu’un danger supplémentaire. Sur son stand de location de matériel de plongée, Gayle, 27 ans, a même le sourire, persuadé que cette menace est un bon coup de publicité pour son île. "J’ai de la famille et des amis aux États-Unis, ils me demandent tout le temps où se trouve l'île de Guam. Mais maintenant, grâce à Kim Jong-un, on va devenir célèbres !", plaisante-t-il.

Vincent Tonario, lui, prend cette menace beaucoup plus au sérieux. Dans cette île ou 85 % de la population est catholique, il a choisi de prier. "Ce n’est pas juste qu’un seul homme puisse décide du sort de plein d’autres, dénonce-t-il. Mais vous savez, je ne vais pas vivre dans la peur. Je vais croire en Dieu, continuer à vivre normalement, prier pour qu’il devienne un peu sensé."

Un bouclier anti-missile pour protection

En cas d’attaque, les habitants comptent beaucoup sur le bouclier anti-missile déployé par l’armée américaine pour les protéger. Tous ici savent que si la Corée du Nord lance un missile, il ne lui faudra que 14 minutes pour atteindre l’île. Joëlle Wainer, une Française expatriée à Guam depuis plus de 20 ans, a conscience que cela laissera peu de temps pour se mettre à l’abri.  Elle suit donc avec attention les mesures de sûreté préconisées par les autorités locales. "Mais de toutes façons, prédit-elle, fataliste, si une attaque nucléaire survient, il n’y aura pas de souci à se faire : on ne sera plus là… L’île est trop petite : il n’y aura plus personne…" Comme pour conjurer le sort, elle a invité d’autres membres de la communauté française à boire un verre sur la terrasse de sa maison.

On trinque soit à la paix, soit à la fin.Joëlle, expatriée française à Guamà franceinfo

Là-bas, une rumeur circule avec insistance : les tirs de missiles pourraient avoir lieu le 15 août. Françoise Martin, qui vit sur l’île depuis sept ans, l’a même noté dans son agenda. "Jamais je n’aurais pensé noter cela un jour dans mon agenda. Cela m’a fait réaliser qu’il fallait que je prenne toutes mes dispositions avec ma famille et mes amis avant mardi", raconte-t-elle.

La Maison Blanche assure qu'en cas d'attaque, le bouclier anti-missile sera efficace. Reneto, 70 ans, en est d'ailleurs convaincu. Avec ses amis, il est venu jouer aux cartes sur la plage, juste à côté de l’une des deux bases de l’armée américaine. Au large, un navire militaire patrouille. Au milieu d’un tel décor, Reneto se sent en sécurité.

Nous sommes protégés. Il y a un navire sous-marin au large de Guam, donc nous n’avons pas peur. Je sais que les militaires sont en alerte 24h/24.Reneto, habitant de Guamà franceinfo

"On sait que l’Amérique est forte, très forte. C’est le pays le plus fort de toute la planète !" assure le septuagénaire. Une conviction que le dirigeant nord-coréen voudrait justement ébranler en jouant sur la peur des habitants de cette petite île du Pacifique.

Les habitants de Guam, résignés mais pas forcément alarmistes. Reportage, sur place, d'Angélique Forget.
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