Le site industriel de Kaesong fermé marque le désamour entre les deux Corées

Un an après la fermeture du site industriel inter-coréen de Kaesong, les industriels de Corée du Sud attendent avec impatience sa réouverture. Ils ont dans l’urgence délocalisé leur production dans les pays de la région et en particulier au Vietnam. Mais le réchauffement entre les deux pays ennemis n'est plus d'actualité. Et la zone de Kaesong ne rouvrira pas demain.

Un point de contrôle tenu par l\'armée sud-coréenne sur la route de la zone de Kaesong, le 11 février 2017.
Un point de contrôle tenu par l'armée sud-coréenne sur la route de la zone de Kaesong, le 11 février 2017. (JUNG Yeon-Je / AFP)

Le 10 février 2016, en réaction à un tir de missile de Pyongyang, Séoul décidait de fermer unilatéralement le site industriel de Kaesong. Ce n’était pas la première fois que la zone économique subissait une décision politique. Mais en général, cela se limitait à des menaces de fermeture ou de restriction de circulation à l’encontre des salariés. Cette fois, la mise en sommeil est effective.
 
Le complexe industriel est né en 2004 dans la foulée de la politique poursuivie par Séoul, visant à encourager les liens entre les deux Corées. 23 entreprises sud-coréennes de confection, d'électronique et de production chimique travaillent à Kaesong, où les quelque 900 salariés sud-coréens côtoient 53.000 Nord-Coréens, une main d'œuvre qualifiée et peu onéreuse (74 dollars par mois).
 
Pour les chefs d’entreprise sud-coréens de la zone, le 10 février 2016 est une journée noire. Séance tenante, ils ont dû arrêter leur activité, quitter les lieux sans même embarquer les matières premières. Il a fallu surtout relancer la production ailleurs.
 
Relocalisation
Hors de question visiblement de produire au pays, surtout les produits textiles. La main d’œuvre sud-coréenne est bien trop chère. Sur 123 entreprises présentes à Kaesong, le quart a choisi de localiser la production au Vietnam, et seulement deux dans la Chine voisine.
 
Des ouvrières nord-coréennes dans une usine textile sud-coréenne sur le site de Kaesong, le 22 mai 2007.
Des ouvrières nord-coréennes dans une usine textile sud-coréenne sur le site de Kaesong, le 22 mai 2007. (AFP PHOTO / MARTIN SIMON)

Ainsi, rapporte le journal coréen The Hankyoreh, dès la mi-mars, les chefs d’entreprise ont cherché un point de chute. Ok Seong-seok, le patron de la marque de confection Nine Mode, a passé en revue les ateliers entre Hanoï et Ho Chi Minh ville. Il était plus rapide de racheter une entreprise que de construire une nouvelle usine. Ce fut chose faite en juin!
 
Avantages et inconvénients
L’avantage très net du Vietnam réside dans son code du travail. Les managers peuvent embaucher et licencier selon leur gré. En revanche à Keasong, les entreprises ne gèrent pas le recrutement. Elles doivent accepter les salariés désignés par le gouvernement nord-coréen, et faire avec. De plus, contrairement à Keasong qui ne produit que pour le marché coréen, au Vietnam les articles peuvent être exportés dans le monde entier.
 
Mais les regrets des chefs d’entreprise portent surtout sur la productivité qu’ils considèrent 20 à 30% inférieure au Vietnam. Et bien sûr la distance est un frein à la production. La proximité de la zone de Keasong permet de récupérer à Séoul un produit fini en une journée, contre quinze quand il est produit au Vietnam.

Un poids économique négligeable 
Mais selon des analystes économiques coréens, si le manque à gagner est sévère pour les entreprises concernées, cela ne pèse guère dans l’économie sud-coréenne, à peine 0,04% de la production nationale.
Aujourd’hui, sur le site de Keasong, seules les lumières de la douane brillent encore. Selon des média sud-coréens, Pyongyang aurait revendu en Chine des cuiseurs à riz fabriqués dans la zone. Un trésor de guerre en quelque sorte portant le très vendable «Made in Korea».
 
Si les entrepreneurs du Sud rêvent de revenir y faire des affaires, on n'a en revanche aucune nouvelle des 53.000 salariés du Nord qui y travaillaient.