Fermeture du site d'essais nucléaires en Corée du Nord : "C’est un gel des essais, en aucun cas un gel des programmes", prévient un spécialiste

Selon le spécialiste de la Corée du Nord, Antoine Bondaz, la Corée du Nord est loin de la dénucléarisation.

Des missiles balistiques Hwasong-15 lors d\'une parade militaire le 9 février 2018 à Pyongyang, en Corée du Nord.
Des missiles balistiques Hwasong-15 lors d'une parade militaire le 9 février 2018 à Pyongyang, en Corée du Nord. (KCNA VIA KNS / KCNA VIA KNS)

"Il est beaucoup trop tôt pour se réjouir", a estimé dimanche 29 avril sur franceinfo, le spécialiste de la Corée du Nord, Antoine Bondaz, après l'annonce du dirigeant nord-coréen de fermer en mai son seul site connu d'essais nucléaires.

Selon lui, "la Corée du Nord est loin de la dénucléarisation" et Kim Jong-un "n’a en aucun cas annoncé la fin de son programme nucléaire et balistique" : "C’est un gel des essais, en aucun cas un gel des programmes", a expliqué le chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique, co-auteur avec Benjamin Decoin de Corée du Nord : plongée au cœur d'un État totalitaire (éditions du Chêne, septembre 2016).

franceinfo : Y-a-t-il un changement réel de stratégie de la Corée du Nord ?

Antoine Bondaz : Il y a eu un changement de tactique par la Corée du Nord, opéré à la fin du mois de novembre dernier, lorsque la Corée du Nord a annoncé qu’elle avait complété ses forces nucléaires. Depuis, les annonces se sont enchaînées, c’est une bonne chose, mais il est beaucoup trop tôt pour se réjouir puisque la Corée du Nord est loin de la dénucléarisation. Kim Jong-un a annoncé la fermeture d’un site d’essais nucléaires, il n’a en aucun cas annoncé la fin de son programme nucléaire et balistique. Et ce qui est important, c’est non seulement de fermer ce site mais, surtout, de fermer les centres d’enrichissement de la Corée du Nord mais également les zones de production de missiles balistiques nord-coréens.

Pourquoi ce changement de ton ?

Il y a trois raisons principales. La première, c’est la main tendue par la Corée du Sud depuis mai 2017 et l’arrivée au pouvoir du président Moon Jae-in. La deuxième raison, vient de la Corée du Nord qui veut adapter sa stratégie, étant donné qu’elle considère qu’elle a complété son programme nucléaire, elle cherche désormais à se concentrer sur son développement économique. Et le troisième point vient de la pression internationale à travers la stratégie américaine, dite de "pression maximale".

La réaction de la Corée du Nord n’est donc pas une surprise ?

C’est quelque chose d’assez logique. Kim Jong-un, dès samedi dernier, avait annoncé un gel des essais nucléaires et balistiques à portée intermédiaire et à portée intercontinentale. C’est un gel des essais, en aucun cas un gel des programmes. Un gel des programmes cela signifie la fin de la production de matières fissiles, la fin de production de missiles balistiques et la fin de la recherche nucléaire et ce n'est pas ce qu'a annoncé Kim Jong-un. L’étape suivante sera le démantèlement, c'est-à-dire la destruction des capacités nucléaires et pour l’instant il n’y a aucune annonce [dans ce sens]. On n'est encore très loin de l’objectif de la communauté internationale, qui est un démantèlement et une dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible.

Comment voyez-vous l'avenir de la Corée du Nord ?

La nouveauté, c’est qu’on a un calendrier. D’ici la fin de l’année la paix sera signée. C’est une bonne chose, mais il faudra attendre surtout le sommet entre Kim Jong-un et Donald Trump pour avoir des avancées concrètes sur la dénucléarisation. L’objectif étant de transformer des promesses politiques en des engagements techniques, c'est-à-dire une feuille de route vers la dénucléarisation.