Corées: le site industriel de Kaesong cristallise de nouveau les tensions

L'accès à la zone industrielle de Kaesong, exploitée conjointement par les deux Corées, a été de nouveau fermé mercredi 10 février 2016. La zone est régulièrement l'enjeu des frictions entre les deux Corée. Cette fois Séoul proteste contre un tir de missile par Pyongyang. La dernière crise remonte à Avril 2013. Pourtant, depuis sa création en 2004, ce site a résisté à toutes les tensions.

Des ouvrières nord-coréennes dans une usine textile sud-coréenne sur le site de Kaesong, le 22 mai 2007.
Des ouvrières nord-coréennes dans une usine textile sud-coréenne sur le site de Kaesong, le 22 mai 2007. (AFP PHOTO / MARTIN SIMON)
Kaesong est une zone de développement économique de coopération située en Corée du Nord, à 10 km de la frontière. A ce titre, le site accueille des entreprises sud-coréennes, dont les centaines de cadres et d'employés s'y rendent quotidiennement par une route ou une ligne ferroviaire. Pour être autorisés à passer la frontière, ils doivent transmettre leurs noms à l'avance aux autorités nord-coréennes, qui donnent ou pas le feu vert à leur passage via le poste-frontière de Paju, côté sud-coréen.

A la fontière sud-coréenne de Paju, le 1er septembre 2009, des travailleurs en partance pour le complexe industriel intercoréen de Kaesong en Corée du Nord.
A la fontière sud-coréenne de Paju, le 1er septembre 2009, des travailleurs en partance pour le complexe industriel intercoréen de Kaesong en Corée du Nord. (AFP PHOTO / KIM JAE-MYEONG)


Le complexe industriel est né en 2004 dans la foulée de la politique, poursuivie par Séoul de 1998 à 2008, visant à encourager les liens entre les deux Corées. Après le gel des relations en 2010, Kaewong a continué à fonctionner, dernier signe tangible d'une coopération Sud-Nord.

123 entreprises sud-coréennes de confection, d'électronique et de production chimique travaillent à Kaewong, où les quelque 900 salariés sud-coréens côtoient 53.000 Nord-Coréens, une main d'œuvre qualifiée et peu chère (ces derniers touchent un salaire mensuel de 144 dollars).

Pour les entreprises sud-coréennes, ce site a une importance économique indéniable. Elles y ont investi 850 millions de dollars et sont bénéficiaires depuis 2011. En 2012, elles indiquaient un chiffre d'affaires de 469,5 millions de dollars, dont le cumul depuis 2004 atteint 1,98 milliard de dollars.

Un complexe qui rapporte
Pyongyang voit en Kaesong une source cruciale de devises étrangères. En 2012, le fisc nord-coréen a réclamé 160.000 dollars d'impôts aux huit sociétés dont l'implantation est la plus ancienne.


 
En 2013, les autorités nord-coréennes avaient menacé de retirer leurs 53.000 ouvriers du site, «si les marionnettes sud-coréennes et les médias conservateurs continuent à (nous) dénigrer». Une sorte de réponse du berger à la bergère en forme de mesure de rétorsion après l'avertissement lancé par Séoul qu'un plan d'urgence prévoyant une option militaire était prêt pour protéger les travailleurs sud-coréens de Kaesong. Mais finalement au bout de quelques jours, la tension était retombée,

Depuis sa création, les crises répétées sur la péninsule n'ont jamais eu raison de Kaewong, à l'exception d'une seule journée, en 2009. Pyongyang en avait bloqué l'accès pour protester contre des manoeuvres militaires conjointes américano-sud-coréennes.